Fantasia: le retour (1)

Après trois semaines de crânes explosés, de visages enflés, de zombies peu réactifs et de tronçonneuses plus grandes que nature, Fantasia touche à sa fin, l’occasion de revenir sur quelques gagnants, coups de coeur et coups de gueule de cette 22e édition du festival international de films de genre. Retour en deux parties. 

Coup sur coup: le huis-clos

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Sa fille vit dans une bulle. Pas de celle dans laquelle tout adolescent qui se respecte s’enferme, une qui la protège du monde extérieur depuis qu’elle développe une maladie génétique.

De retour d’un voyage au Canada où il a découvert de nouvelles recherches sur le sujet, Mathieu (Romain Duris) est bien déterminé à prendre un jour sa fille Sarah (Fantine Harduin) dans ses bras. L’arrivée d’une brume toxique change la donne pour cette famille dont les parents devront se réfugier chez des voisins à la hauteur des toits de Paris, là où cette fumée brune débarquée après un tremblement de terre ne monte pas. Du moment que la batterie de sa bulle peut être changée, Sarah ne craint rien.

Là où on ne compte plus le nombre de films de survie qui s’attèlent à montrer le.s héros fuyant ou voulant rejoindre le reste des survivants, la démarche de Daniel Roby avec Dans la brume (en salles le 10 août) est intéressante par sa façon de se focaliser sur le cocon familial sans jamais en révéler davantage sur l’origine de l’apocalypse, le dehors ou le combat des autres.

Pas question pour Mathieu de rester les bras croisés: derrière l’introduction du fantastique se ficelle un thriller où chaque décision et étape tourneront autour du bien-être de la jeune Sarah. C’est sur cette tranche que la coproduction franco-canadienne perd de sa superbe tant la jeune actrice Fantine Harduin peine à nous convaincre. Il manquait le petit plus à ce film d’ouverture du festival pourtant sacré gagnant du prix Cheval Noir cette année.

Les femmes ne sont jamais en reste puisque la mère (Olga Kurylenko) prend autant de risques que son compagnon dans leur quête d’un moyen de transport pour leur fille, et Daniel Roby réussit à nous tenir en haleine avec un quatrième film qui prend son temps sans pour autant perdre de son ambiance angoissante.

Reste qu’il est difficile de prendre des risques lorsqu’il s’agit d’un film de commande, Dans la brume peine alors à se renouveler, se reposant presque trop sur sa fin, point pourtant fort et culminant du film qui ne sera même pas conservée pour sa sortie en France. Un choix de la part du réalisateur québécois qui tenait à présenter sa version chez lui. Rarement le long-métrage ne dépasse-t-il son propos de base si ce n’est avec cette fin inattendue et audacieuse où l’on assiste à la perte d’équilibre du patriarche héroïque tombant de son piédestal.

Le deuxième n’a pas fait partie de la sélection Cheval Noir, pourtant Dans la brume ne joue définitivement pas dans la même catégorie que La nuit a dévoré le monde.

Film post-apocalyptique basé lui aussi sur le principe du huis-clos, La nuit a dévoré le monde est bien plus qu’un titre magnifique. C’est avec poésie et subtilité que Dominique Rocher se réapproprie le genre et l’espace qui enferme son protagoniste, pris aux pièges dans un appartement parisien, au summum de la gueule de bois.

Il est le remède à ceux qui associent film de zombies au mot décérébré. Cette question fondamentale et inhérente aux films de fin du monde – que feriez-vous à sa place? – est bien mieux exploitée ici où l’enfermement devient synonyme de remise en question (It Comes at Night de Trey Edward Shults le faisait aussi à merveille), voire de déviance vers la folie et la dissection humaine là où Dans la brume évacue cette question pour ne garder que l’essence du bon film d’action.

Coups de gueule

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Même si Dans la brume a ses défauts, le tout reste crédible et cohérent. On ne pourra pas en dire autant de Fleuve Noir (en salles le 3 août), également en liste pour le prix Cheval Noir. Ce qui est sûr, c’est que le film d’Érick Zonca aurait difficilement pu faire de l’ombre au gagnant de cette catégorie.

Les têtes d’affiche Vincent Cassel et Romain Duris ne sauvent même pas les meubles de ce film abjecte où les femmes sont, au choix et une fois de plus, manipulatrices ou aguicheuses. Ne cherchez pas le fautif dans ce thriller médiocre, ce sera toujours une fautive!

Évidemment les hommes ne sont pas en reste en terme de personnages exécrables, seulement il est important de souligner que derrière ce thriller policier où les hommes sont au devant de la scène les ¾ du film, c’est les femmes qui du coup ramassent les pots cassés de la responsabilité finale.

Dès qu’il y a abus, et abus il y a, c’est sur la femme que le poids de la culpabilité retombe. Le viol auquel on assiste à l’écran arrive comme un cheveu sur la soupe dans le scénario: il est évacué aussi vite qu’il a été représenté. L’acte ne sert plus qu’au ressort narratif, illustration du manque de professionnalisme de cet inspecteur (Vincent Cassel) chargé de retrouver un adolescent disparu, dont la mère est jouée par Sandrine Kiberlain.

Fleuve Noir est non seulement un mauvais film, thriller s’essouflant plus de 30 minutes avant la fin, mais aussi un film qui met sombrement en colère, et pas pour les bonnes raisons.

En parlant de film abjecte… ce ne sera malheureusement pas le seul vu à Fantasia cette année, Under the Silver Lake n’étant pas mal non plus dans son genre. Après l’excellent It Follows, voilà que David Robert Mitchell nous revient avec sans doute l’un des pires films de l’année, pourtant sorti tout droit de Cannes.

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La représentation des femmes y est à vomir, une dimension sexiste et misogyne qui se dévoile au fur et à mesure que le film perd son sens et toute substance. Un tueur de chiens est en liberté dans le quartier de Los Angeles où habite Sam (Andrew Garfield). Au détour de ses recherches pour retrouver sa voisine disparue, cette phrase revient: “Tous les chiens doivent être tués”… alors que lorsqu’elles ne sont pas vampirisantes, les femmes, chez David Robert Mitchell, aboient.

Là où chaque plan d’It Follows était réfléchi et s’intégrait à la thématique principale, ce dernier long-métrage se décuple en personnages, saynètes, nouveaux enjeux jusqu’à en devenir indigeste. Après avoir suivi une première piste comme celle des femmes disparues, elle est abandonnée ou demeure simple fil rouge, pour finalement réaliser que le résultat final est parfaitement creux, tout autant que l’univers hollywoodien et superficiel que semblait en premier lieu vouloir dénoncer le cinéaste.

Being Natural semblait quant à lui très bien commencer. Comédie sensible à l’humour dosé fondée sur un éloge subtil de la lenteur et de la simplicité par le biais d’un mode de vie à la campagne, le film de Tadashi Nagayama tourne au vinaigre lorsque la caricature des citadins devient grotesque. C’est la famille symbole de ce que le cinéaste critique qui trinque, et tout particulièrement les personnages de la mère puis de la fille.

Cette famille originaire de Tokyo voit dans la maison où loge Taka depuis la mort de son oncle un havre de paix synonyme de nouveau départ et de réconciliation avec la Nature. Dès le départ très attachant, Taka fait tout pour conserver son chez soi. Le couple de nouveaux arrivants devient alors détestable, et l’incorporation du fantastique tombe à côté de la plaque, tout ça pour égratigner au passage les sans-abris et la parole des femmes.

 

 

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