Les 5 temps forts des RVQC

1. Leçon de cinéma par Alanis Obomsawin

26731534_10156074726478844_1045175183737936449_n

Ou dira-t-on plutôt une leçon de vie donnée par la grande dame du cinéma autochtone Alanis Obomsawin, qui vient tout juste de présenter son cinquantième documentaire au festival de Toronto et dont l’oeuvre frôle constamment le reportage d’enquête. Entre deux sourires, elle imite une commissaire de l’ONF qui lorsqu’elle veut retourner filmer dans la réserve micmac lui somme de ne parler qu’aux “Indiens”. Son film Les événements de Restigouche sera finalement terminé, la commissaire et le ministre Lessard recalés. Il faut dire que la cinéaste abénaquise est difficilement impressionnable. Ce qui la met autant de bonne humeur, par contre? L’éducation, son cheval de bataille. En témoignent Our people will be healed, Hi-Ho Mistahey!, La survie de nos enfants et On ne peut pas faire deux fois la même erreur.

“Je ne vois pas mes films comme une carrière, mais comme une mission. Le documentaire c’est la vie des gens, et la vie c’est sacré”. Des paroles qui résonnent et font espérer alors que se tenaient en cette fin de semaine des rassemblements en la mémoire de Tina Fontaine, jeune autochtone dont le meurtrier vient d’être reconnu non-coupable, second acquittement pour la mort d’un autochtone en quinze jours au Canada. La majorité des films d’Alanis Obomsawin sont disponibles sur le site de l’ONF.

2. Chien de garde: le coup dans l’estomac signé Sophie Dupuis

Théodore Pellerin est décidément un nom à retenir cette année, et pas uniquement dans le cadre des RVQC où il était à l’affiche de ne serait-ce que trois films Isla Blanca, Ailleurs et Chien de garde, le premier long-métrage extrêmement prometteur de Sophie Dupuis. Un film coup de poing dans lequel l’acteur, par le regard et l’incroyable force de jeu, tient une tension dans chaque scène qu’il occupe.

La caméra nerveuse à l’image de son personnage, constamment au bord d’exploser, suit les deux frères dans leurs périples nocturnes où l’intimidation pour le compte de leur oncle tourne mal. Au coeur de cet univers familial malsain, JP (Jean-Simon Leduc) tente de se frayer un chemin pour se sortir de ce cercle vicieux de la violence rapporté par un retour constant au huis-clos et à la prochaine embrouille. Un film à voir de toute urgence et qui signera la clôture du festival aujourd’hui et en salles le 9 mars prochain.

3. Ce silence qui tue ou le documentaire de l’année

7913_ce_silence_qui_tue_01

Kim O’bomsawin lève le voile sur ce que la réalisatrice abénaquise appelle “le drame national de notre pays”, l’histoire des femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada. Tout ce qui a si longtemps tenté d’être mis sous le tapis national y est évoqué: des abus sexuels commis par des policiers de Val d’Or jusqu’au traumatisme des pensionnats dans lesquels des milliers d’enfants autochtones ont été contraints de grandir.

Les femmes autochtones survivantes sont au centre de ce documentaire bouleversant alternant statistiques et témoignages qui viennent enfin mettre des visages et des noms sur chaque chiffre de trop. Des hommes prennent aussi la parole, que ce soit pour évoquer leur statut de témoin, dénoncer leur statut de victime et même d’agresseur. Le film a mis du temps à être réalisé, la preuve en est ce merveilleux travail de recherche et d’enquête afin de rassembler tous les éléments de ce puzzle qui pèse lourd sur les épaules des gouvernements, mais cruellement le film n’a pas pris une ride. Les premières images sont celles qui dévoilent l’histoire de Tina Fontaine, dont le meurtrier vient tout juste d’être acquitté.

Les mots manquent pour décrire l’élan de honte, de frustration et d’empathie qui a empli la salle lorsque l’ensemble des femmes et hommes qui ont livré leurs histoires se sont révélés devant le public lors de la première projection. Briser ce silence qui tue, c’est assurément le premier pas pour ce documentaire qui sera le plus important et nécessaire de toute l’année au niveau national mais dont la résonance doit dépasser les frontières.

4. Représentation autochtone à l’écran: poursuivre l’élan

27021210_10156086978663844_7782559324209022868_o

En parlant des droits bafoués des peuples autochtones, leur présence à l’écran n’est pas tant plus reluisante malgré les avancés des dernières années. Un exceptionnel panel de cinq femmes était rassemblé ce 28 février pour évoquer le système de l’oeuf et de la poule quand il s’agit de la présence des personnes d’origines autochtones à l’écran: on dit qu’il n’y a pas d’acteurs autochtones mais ceux-là n’ont pas les mêmes opportunités que les autres,” explique la réalisatrice abénaquise Kim O’bomsawin.

Pour son rôle au sein d’Unité 9, Natasha Kanapé Fontaine a subi les stéréotypes associés aux autochtones de plein fouet. En refusant ce rôle, elle aurait certainement dû faire la même chose pour d’autres. “J’ai joué le rôle de l’étiquette et me suis inspirée de femmes que je connaissais pour pouvoir montrer les femmes autochtones plurielles qui existent. Si j’arrive avec elles à transcender cette réalité, là peut-être ira-t-on vers quelque chose de meilleur.”

Rien de mieux que corriger l’Histoire pour combattre ces stéréotypes selon l’actrice et auteure. “On doit nous-mêmes faire l’éducation sur la place publique. On est encore dans la dénonciation mais on n’a pas le choix à cause des lacunes dans l’éducation. On pourrait être occupées à créer tellement d’autres projets.” Et Sonia Bonspille Boileau, qui a réalisé son premier long-métrage Le Dep uniquement entourée d’acteurs autochtones, de renchérir: “Il faut amener l’histoire à ceux qui ne savent même pas qu’elle existe cette histoire-là.”

Celle qui participe à une meilleure représentation autochtone à l’écran, c’est assurément la militante Michèle Rouleau, la quatrième intervenante de cette table-ronde. Fondatrice des productions Wabanok qui soutient notamment le dernier documentaire de Kim O’Bomsawin Ce silence qui tue, elle participe également à la diffusion de séries de fiction mettant en scène de jeunes autochtones tel que Les Sioui-bacon (APTN). “On est capables de passer notre message, mais ça va finir par rejoindre les diffuseurs et les gens. On va finir par arrêter de se parler entre convaincues et de nous mettre dans un créneau.”

La relève, elle, est déjà en place. Elle est la plus jeune du groupe mais elle n’a pas sa langue dans sa poche lorsqu’il est question de parler des réalités autochtones avec humour. La preuve avec Deux Pocahontas en ville, court-métrage que la jeune Atikamekw Jemmy Echaquan Dubé a réalisé avec Marie-Edith Fontaine afin de mettre à bas certains clichés qui accompagnent bien trop souvent le regard porté sur les Autochtones.

Le mot de la fin reste celui de Kim O’bomsawin qui cite le film de Chloé Leriche Avant les rues afin de prouver à quel point il est fondamental que les personnes non Autochtones créer des projets sur les réalités autochtones “afin d’avoir une toute autre résonance et de créer des ponts avec les québécois.”

5. Le non-dit: Y a-t-il un problème de scénario au Québec?

26904322_10156087193058844_2518788979802343318_n

C’est la question à laquelle ont tenté de répondre les invités de Marie-Louis Arsenault lors d’une table ronde en cette veille de clôture des RVQC. Parmi eux Marc-André Lussier, journaliste et critique de cinéma à La Presse et Eric K. Boulianne, acteur et scénariste de Prank. Vaste question qui avait le mérite de brasser le constat sur le manque de scénarios au Québec, ou du moins de scénarios québécois solides. Beaucoup, on le sait, sont réalisateurs avant tout et signent des films d’auteur, dotés d’une vision mais moins d’un sens du récit.

Le cri du coeur d’une scénariste dans le public lâche sur la table l’un des problèmes sous-jacents, la très faible reconnaissance financière des scénarios et scénaristes. En effet, comme le rappelle Chloé Robichaud, réalisatrice et scénariste de Sarah préfère la course, le phénomène de starification des réalisateurs par rapport au nom invisible des scénaristes sur l’affiche du film n’aide pas le processus de reconnaissance du travail de ces derniers. Et pourtant ce phénomène n’est pas propre au cinéma québécois. Ayant étudié à Concordia tout comme le réalisateur de Prank qui dans le public questionne l’égo du réalisateur et la paternité d’un film, Robichaud ajoute qu’il est dommage qu’on ne lui ait pas donné les outils d’éducation au scénario.

Là où les Etats-Unis se distinguent Québec, outre bien sûr l’omniprésence d’Hollywood qui aime à asseoir son pouvoir et ses moyens, c’est dans son rapport décomplexé à l’exposition de scénario. “J’ai lu 213 scénarios américains depuis 2012, et 4 québécois,” affirme le réalisateur de Monsieur Lazhar.

Des voix de jeunes producteurs s’élèvent pour expliquer qu’eux aussi ont peu de financement, ne faisant pas partie du groupe élitiste de producteurs qui distribuent leurs enveloppes. Il semble que certains cherchent un scénario et rentrent bredouilles, alors que d’autres cherchent à tout prix une plateforme pour concrétiser leur histoire. Pour le réalisateur Philippe Falardeau (Chuck, Guibord s’en va-t-en guerre), une idée prévaut, celle de mettre en place une sorte de tinder du cinéma: publier son scénario, le faire tourner et construire davantage de ponts entre les trois parties prenantes. Reste qu’une quatrième, les diffuseurs, étaient absents de cette soirée, alors qu’ils comptent énormément dans l’évolution du milieu, comme aime à le souligner du public le producteur de La petite fille qui aimait trop les allumettes.

Et d’Isabelle Raynauld, auteure du livre Lire et écrire un scénario: le scénario de film comme texte, de rappeler l’existence de la Sartec, syndicat qui apporte son soutien aux auteurs de radio, télévision et cinéma de langue française et qui a justement collaboré avec le festival pour l’organisation de cette table-ronde.

Alors, raconte-t-on des ou les bonnes histoires?

“Le cinéma québécois fonctionne! On a besoin de financement des gouvernements, Ottawa comme Québec, qui ne suivent pas comme dans d’autres secteurs économiques,” explique Philippe Falardeau. “Il faut aussi s’excentrer et ne pas rester à Montréal. Les nouvelles générations vont se diversifier. On n’aborde pas tous les bons sujets mais ce serait pire de parler de sujets qu’on ne connaît pas ou qui ne sont pas incarnés.”

Photos: Portrait Québec Cinéma d’Alanis Obomsawin – Extrait film Kim O’bomsawin –  Photo extrait Avant les rues de Chloé Leriche – Photos événements FB RVQC

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s