Lola Pater : Je suis ton père…puis le néant

Oh Fanny, si tu savais… comme ce rôle n’était pas fait pour toi!

Il faut croire que des traits carrés et une mâchoire en avant ne suffisent pas à transcender le rôle d’une femme jadis homme. Mais c’est peut-être ce qu’ont cru l’actrice française Fanny Ardant (Huit femmes, Vivement dimanche!, Les Beaux jours) et le réalisateur algérien Nadir Moknèche lorsqu’est venu le temps de construire le personnage de Lola, anciennement Farid, le père que Zino (Tewfik Jallab) n’a jamais connu et qu’il se met à chercher après la mort de sa mère.

Le problème de Lola Pater n’est pas tant son choix d’une actrice qui n’est pas transgenre mais plutôt dans son choix d’actrice tout court. Un choix douteux qui nous montre ici rien d’autre que Nadir Moknèche (Délice Paloma, Goodbye Morocco, Viva Laldjérie) qui filme Fanny Ardant qui se titille le nombril. Moknèche l’admire tant qu’il en oublie d’écrire un scénario construit. Le cinéaste dira lui-même que l’actrice a vampirisé ce rôle, un compliment selon lui, une déduction affligeante pour l’état final du film. De ce constat d’un duo qui se plait à contempler la star et rien d’autre, impossible d’aller outre et de saisir en profondeur l’un ou l’autre des deux sujets principaux du film, à peine déterrés: la relation père/fils et la transsexualité.

Derrière des dialogues affligeants de superficialité se révèle une actrice qui n’a – à défaut d’être transgenre – pas saisi le moindre enjeu auquel peut être confrontée une personne transgenre. Idem pour son fils Zino, la trentaine, qui – alors qu’il boude dans son coin après avoir découvert le secret de son père – finit par se demander si celui-ci a encore un “zob”. Face à ces questionnements cruciaux d’un personnage qui n’a semble-t-il pas réglé son complexe d’Oedipe, Moknèche passe à côté de l’importance de comprendre comment évoluer muni de repères paternels brouillés par le changement d’identité de son père Farid désormais Lola. “Drôle de pater, que t’as” restera sans doute la seule référence à un possible changement de vision. La réconciliation finale fait bailler tant elle repose sur d’énormes raccourcis et un événement grossièrement tragique de chantage alors qu’aucun semblant de discussion n’a encore été amorcé entre Zino et Lola.

Ils se font de plus en nombreux les films mettant en scène des personnages transsexuels, avec quelques derniers en date tels que The Danish Girl, Laurence Anyways et Transamerica. Là où très prochainement le chilien Sebastian Lelio réussit à viser juste avec A fantastic woman (16 février) autour d’une femme transgenre qui tente de s’imposer au monde après la mort de son petit ami, Lola Pater tombe à plat à force de trop essayer.

Il est venu le temps d’expliquer à Fanny Ardant – pourtant réalisatrice à ses heures – que le danger dans le fait de ne plus jouer qu’avec soi-même réside dans la très forte probabilité de tomber à côté de la plaque. Tout sonne faux dans son portrait sans nuance d’une femme transgenre, de sa signature d’autographe en tant que professeure de danse orientale à sa révélation désincarnée d’une autre version du “je suis ton père”, et les répercussions d’une telle farce ne font plus sourire dès lors qu’il est question d’un film censé traiter d’un sujet trop souvent tu ou marginalisé.

Lola Pater, en salles au Québec le 10 février 2018

 

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