16e Sommets du cinéma d’animation: En avant toutes!

A l’abri du monde extérieur, une jeune fille est élevée par sa grand-mère, qui lui brosse les cheveux sur un décor en noir et blanc. La couleur arrive avec le printemps, titre du court-métrage de Keyu Chen, en ouverture cette année au festival des Sommets du cinéma d’animation aux côtés du très drôle et d’actualité Le Grand méchant loup et autres contes du duo Benjamin Renner et Patrick Imbert.

Pour leur 16e édition, les Sommets du cinéma d’animation font leur retour du 22 au 26 novembre à la Cinémathèque québécoise avec une nouvelle section (Les Sommets classiques) et une programmation toujours aussi audacieuse et diversifiée. Au programme: 190 courts-métrages, 6 longs-métrages, 3 classes de maîtres ainsi qu’une panoplie de conférences et événements spéciaux.

Il n’est pas anodin qu’Un printemps ait été présenté en ouverture des Sommets, réalisé grâce au 23e concours de l’ONF “Cinéaste recherchée” et symptomatique de la place considérable accordée aux femmes par le festival et l’Office national du film du Canada.

En 2016-2017, 44% des œuvres produites par l’ONF ont été réalisées par des femmes. Après avoir promis l’année dernière une obtention de la parité pour 2019, l’ONF a renforcé cette promesse en mars dernier en précisant viser la parité au sein des postes clés de création pour les projets interactifs, documentaire et d’animation en production en 2020. 

La jeune réalisatrice d’origine chinoise était justement l’une des cinéastes invitées hier lors d’un 5 à 7 organisé par l’AQA (Alliance Québec Animation) sur la place des femmes dans le milieu de l’animation. A ses côtés, les cinéastes Claire Blanchet (La fin de Pinky) et Janet Perlman (Monsieur Pug, La tendre histoire de Cendrillon Pingouin).

 “Il y a beaucoup moins de femmes dans le cinéma d’animation plus commercial et aux postes de seniors. Ça fait longtemps que l’ONF fait des efforts pour encourager les femmes mais on n’a pas encore réussi à toucher le plafond de verre,” explique Keyu Chen. 

“Je pense que le but du féminisme et de tout ce qu’on fait pour les femmes est d’atteindre un jour tout le monde et ne plus parler que de cinéastes.”

Après de nombreux dessins et des débuts en animation à l’université de communication de Pékin, la jeune Keyu Chen s’envole pour l’Abitibi où elle complète un baccalauréat en multimédia interactif et en création 3D. Mais c’est à l’Université de Laval qu’émerge l’idée d’Un printemps, oeuvre autobiographique inspirée de son départ et mettant en scènes les tiraillements d’une jeune fille attachée à ses racines mais décidée à quitter le nid familial dans le but de s’épanouir pleinement. Délicat et épuré, le trait de Keyu Chen distingue le noir et blanc de la couleur, furtive mais apparaissant – verte – avec l’arrivée du printemps, une saison contradictoire et propre aux tourments intérieurs de la jeune fille selon la cinéaste dont elle se révèle être le double. Ce n’est donc pas une coïncidence si Keyu Chen évoque sa mère journaliste comme premier modèle féminin lorsqu’elle prend la parole à l’occasion du 5 à 7 “Les femmes dans l’industrie”.

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“Au début je voulais tout faire à l’encre de chine, mais pendant l’étape de développement j’ai réalisé que c’était presque impossible de tout faire moi-même alors j’ai fait un test. J’ai inventé une brosse numérique avec un logiciel: l’animation est toujours faite à la main mais c’est sur une tablette graphique sur laquelle on peut directement dessiner image par image,” précise Keyu Chen.

“L’autre problème c’est qu’avec l’encre sur papier je n’arrivais pas à contrôler la stabilité des lignes. Pour ce sujet je trouvais ça important de contrôler certains traits pour montrer la saison et la part de douceur. C’est aussi pour ça que j’ai choisi le dessin numérique.”

Le lien qui unit Keyu Chen à ses origines est similaire à celui évoquée par Torill Kove, oscarisée pour Le Poète danois et autre cinéaste célébrée lors des Sommets avec son oeuvre Threads, l’histoire colorée d’une mère attachée littéralement et à jamais à sa fille par un fil rouge que sa progéniture déroule alors qu’elle tente de vivre sa vie. Torill Kove sera présente demain à la Cinémathèque pour une séance de signatures de son livre adapté du court-métrage My grandmother ironed the King’s shirts.

Le festival des Sommets du cinéma d’animation se termine demain dimanche 26 novembre. L’occasion de (re)voir aux choix Les As de la jungle, les films en compétition internationale, dont l’incroyable, politique et perturbant (Fool time) job de Gilles Cuvelier, la compétition internationale de films très courts, la programmation jeunesse et/ou le film de clôture gravitant autour du conflit israélo-palestinien Wall (Cam Christiansen).

Retrouvez toute la programmation du festival ici.

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