Cinemania: Course contre l’aliénation

Une cinquantaine de films francophones projetés à Montréal du 2 au 12 novembre, 47 premières, 18 invités, près de 300 professionnels présents et une 23 édition pour le festival de Cinemania. Elles sont chacune à la recherche d’une liberté, d’une acceptation de leurs droits ou d’un besoin de combattre l’aliénation, qu’elle soit émotionnelle, sociale ou professionnelle. Retour sur trois réalisatrices et trois personnages féminins qui reviennent sur ce que c’est d’être une femme en 2017.

Un beau soleil intérieur, Claire Denis

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C’est en apercevant le générique défiler qu’on comprend pourquoi Christine Angot a participé à l’écriture du scénario de ce film de Claire Denis. Les dialogues sont à son image, incisifs et perturbants, questionnant sans cesse notre rapport au langage et sa façon de nous aider ou de plus souvent comme ici nous embourber dans notre rapport à l’autre. Juliette Binoche y incarne une artiste en mal d’amour, complètement à côté de la plaque dans son choix d’amants et pourtant bien décidée à trouver le bon. On en ressort étourdis par la masse de paroles proférées, éprouvés par la fragilité du fil scénaristique, et tout de même fascinés par les questions soulevées au cours des nombreux débats brassés entre l’héroïne et ceux qu’elle trouve sur son chemin. Sans plan fixe, Claire Denis dissèque et expose au grand jour les rapports humains dans toute leurs contradictions, leurs habitudes à se chercher dans la confusion, jusqu’à tourner en rond, autant dans les conversations rébarbatives que dans la façon de les mettre en scène.

La Belle et la meute, Kaouther Ben Hania

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Tout est banal dans l’histoire de Mariam, jusqu’au traitement de son viol commis par deux policiers en patrouille alors qu’elle se baladait sur une plage tunisienne avec un jeune homme rencontré en soirée. Un ensemble de plans-séquence vient structurer le récit à la manière d’une pièce de théâtre, ici fondue en une dizaine d’actes. Le crime en lui-même n’apparaît pas à l’écran, ce qui dessert finalement le propos, puisque la jeune femme se lance dans une course à l’acceptation, celle qui voudrait que son viol soit reconnu et ses agresseurs punis par la loi. Le cercle vicieux se referme sur celle qui doit porter plainte au poste de police alors qu’elle accuse deux policiers, rejetée à l’hôpital faute de pouvoir montrer ses papiers d’identité et donc de prouver qu’il y a eu agression. Le choix du plan-séquence est judicieux puisqu’il est là pour être éprouvant pour le spectateur et illustrer un récit inspiré d’une histoire cruelle mais vraie, celle du parcours du combattant et d’un traumatisme d’une victime de viol, issus du livre Coupable d’avoir été violée de Meriem Ben Mohamed et magistralement portés à l’écran par Mariam Al Ferjani.

Jeune femme, Léonor Serraille

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Un carton garni d’un chat volé à son ex dans une main, un manteau rouge brique dans l’autre, Paula erre dans les rues de Paris, de retour du Mexique après dix ans d’absence. De job foireux en job foireux, Serraille prend le pouls d’une génération à travers le portrait d’une trentenaire paumée et névrosée qui ne cesse pourtant jamais de se relever. Difficile de reprocher au film l’omniprésence de la pétillante Laetitia Dosch, qui confère à son personnage toute les nuances de ceux qui choisissent de vivre dans l’instant. Décomplexés, les plans de Léonor Serraille sont frontaux, disposés à capturer la véracité dans la maladresse et les moments d’angoisse. Liberté, égalité, stabilité. Autant de cavités explorées par le prisme des rencontres au coeur d’un Paris où tout est à réinventer. D’abord presque trop intense dans ses excès, Paula devient celle que chaque jeune a été au cours d’un entretien d’embauche où le petit boulot en vente devient plausible lorsqu’il est question de remplir le frigo. Grâce à une actrice lumineuse et à un regard optimiste sur une génération de déterminés, Jeune femme est une leçon inoubliable d’indépendance.

Caméra d’or Cannes 2017 – Palme d’or premier long-métrage

Date de sortie au Québec: 1er décembre 2017

Les derniers films à voir aujourd’hui à Cinemania: Rock&Roll, de Guillaume Canet (17h30) et Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel (20h – film de clôture)

 

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