Rencontre: Derrière Barbara, Jeanne Balibar

detailJBALIBARPhoto: Site Web Festival Cinemania

Il est l’un des incontournables de 2017, et assurément le plus grand pied de nez au biopic au sens traditionnel du terme. Le duo Amalric-Balibar fait son retour en partant sur les traces de Barbara par le biais d’un film dans lequel une actrice s’apprête à se glisser dans la peau de la chanteuse française.

Pour Jeanne Balibar, aucun interdit dans cette interprétation, hormis celui de l’organisation.

“Moi j’organise jamais rien, je fais tout comme ça, dans le moment, et je me dis que c’est le monteur et le metteur en scène qui vont organiser. Mon rôle c’est d’être juste moi-même, dans l’instant, et puis après c’est le monteur, le metteur en scène, la costumière, le maquilleur, le coiffeur qui font que c’est Brigitte ou Jeanne. Moi j’ai rien à faire en fait.”

Une humilité qui s’ajoute à la désinvolture de cette habituée du cinéma d’auteur, constamment à mi-chemin entre le détachement et l’intensité. Si bien qu’elle ne fait plus qu’un avec ce monument de la chanson française porté à l’écran dans toute sa complexité, où l’équilibre force-fragilité se trouve et où l’illusion entre les deux femmes est totale.

Ouverture de la section Un certain regard à Cannes et présenté cette année au festival Cinémania, le long-métrage alterne entre images d’archives, moments de répétition et mélanges des voix si bien que le trompe-l’œil fonctionne à merveille.

“Ce qui est bien avec Barbara, c’est que par définition elle a beaucoup écrit sur elle-même, et elle parle de situations différentes de l’existence, et aussi d’émotions différentes, donc on a d’emblée une multiplicité d’informations et de facettes du personnages,” explique Jeanne Balibar.

“Il suffit d’aller puiser dans toutes ces facettes pour avoir une image complexe. C’est ça aussi qui devait nous aider quand on était très jeune et qu’on écoutait ces chansons qui disaient les choses de façon si multiple.”

Au-delà de la mise en abyme qui serait celle de la construction filmique, c’est celle de la femme que Balibar incarne. Jeanne joue Brigitte, qui elle-même joue Barbara, autrefois Monique. Le personnage du cinéaste joué par Mathieu Amalric le dit lui-même, “C’est une femme qui ne vit pas sa vie, elle se la raconte avec tant de force qu’elle finit par y croire, et les autres autour d’elle. J’avais l’impression qu’il ne s’agissait jamais de la même femme.”

Qui de mieux alors qu’une actrice à la filmographie aussi prolifique que son mystère est intacte pour interpréter la Dame en noir? Quant à Mathieu Amalric, le réalisateur du Stade de Wimbledon a bien saisi l’importance de laisser planer davantage de questions que de réponses à la fin de la projection.

“Effectivement moi j’aime quand les choses épaississent le mystère au lieu de l’éclaircir. C’est ce que j’aime chez Barbara, et c’est vrai que c’était absolument ce qu’on avait décidé qu’on ferait. Là-dessus on avait absolument la même vision avec Mathieu Amalric,” explique Balibar.

Déjà dans Va savoir (2001), Jeanne Balibar jouait une actrice, comme faisant face au reflet de sa propre existence, un exercice qu’elle répète avec insolence et volupté dans Barbara. Comme si ce métier était un antidote face aux doutes, et la vie de Barbara une excuse pour faire un film sur ces questions qui rongent le tandem Amalric-Balibar, eux et leur passion commune. Ne serait-ce pas Jeanne qui s’adresse à Mathieu lorsque Brigitte demande à son metteur en scène “Vous faites un film sur Barbara ou vous faites un films sur vous?”

“Être une actrice c’est toujours désobéir. Le doute, la peur, le mécontentement, c’est des choses dont on ne peut pas se passer. Ce serait illusoire de penser qu’on peut s’en passer. Mais ce n’est pas parce qu’on doute qu’on n’est pas désobéissant. Les enfants désobéissants souvent doutent de beaucoup de choses.”

Et pour Jeanne Balibar, Barbara est l’illustration même de la politesse, pas non plus incompatible avec cette impertinence si propre aux deux artistes.

“La désinvolture ça a à voir avec la vraie politesse, ne pas embourber les autres dans des choses lourdes.”

C’est par la musique de Barbara que Balibar s’est frayée un chemin de compréhension du destin de l’interprète de l’Aigle noir. Pourtant c’est dans son “devenir femme” que les disques de la chanteuse l’ont accompagné durant sa jeunesse. Sans y mettre les mots et par sa façon de vivre, Barbara était une féministe avant l’heure.

“Je pense qu’elle était plutôt pour la liberté, pour l’égalité et pour la fraternité. Elle était plus républicaine que féministe, mais pas dans le sens horrible où les gens utilisent aujourd’hui, mais vraiment pour les principes de 1789, qui contiennent les droits des femmes aussi,” précise l’actrice. “Elle était pour l’égalité entre les êtres. Par la manière dont elle menait sa vie elle était très indépendante et très libre.”

Qu’en est-il alors de Jeanne Balibar?

“Je ne sais pas très bien quel sens a ce mot aujourd’hui. Moi aussi je suis plutôt pour l’égalité et ouille ouille ouille on n’y est pas! Pour y arriver il faut comprendre des choses sur le malheur des hommes qui sont pas prêtes d’être comprises non plus. Donc on n’est pas sortis de l’auberge.”

Étiquetée actrice intellectuelle, Jeanne Balibar demeure pourtant une écorchée vive, une artiste qui explique préférer suivre une fantaisie précise à un moment précis, et – à l’image d’Amalric et de Barbara – émue avant tout par l’instantanée. Ses choix de carrière ont-ils alors été guidés par le cœur, par l’esprit ou par un mélange des deux?

“Je suis guidée par le hasard. C’est lui qui parle. Le hasard dit la vérité des êtres et des situations. Se laisser porter par le hasard c’est aussi inconsciemment choisir tel hasard plutôt que tel autre.”

Barbara, un film de Mathieu Amalric, en salles au Québec le 10 novembre

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