Les films de la semaine: retour du Black Film Festival et du clown-tueur

We’re Still Together / Toujours ensemble, de Jesse Klein (29 septembre)

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AZ Films

Par son audace et son principe de virée nocturne interminable, We’re still together fait écho au récent Good Time des frères Safdie. Bourré de complexes et en surpoids, Chris échappe à deux jeunes qui s’acharnent contre lui grâce à l’intervention de Bobby, quarantenaire impulsif au premier abord très bien intentionné. Budget réduit en mains et caméra à l’épaule, le réalisateur et scénariste Jesse Noah Klein nous propulse au cœur de la nuit montréalaise à travers l’amitié naissante de ce duo dont chaque partie se révèle équitablement rongée par ses névroses. A chaque lieu son élément supplémentaire ancré à la folie du personnage de Bobby, à l’emprisonnement de Chris dans une série de situations auxquelles il consent rarement, et aux incompréhensions dont celle voulant que le fil conducteur synonyme de quête pour ces deux hommes se perde avec chaque moment d’impulsion.

It / Ça, de Andrés Muschietti (en salles depuis le 8 septembre)

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Youtube.com

S’il y a bien un aspect sur lequel It a rempli son contrat, c’est dans sa fonction de restitution de l’image du clown en tant qu’élément terrorisant à jamais inscrit dans la mémoire collective de l’enfance. Même si cette deuxième version du roman de Stephen King ne restera pas dans les annales pour sa capacité d’effroi, Pennywise n’en réussit pas moins à ancrer son personnage de clown en tant que monstre au taux de crédibilité nettement supérieur à ce que l’on aurait pu attendre d’une suite de film d’horreur. Le maquillage et le costume du persécuteur aidant, il reste l’interprétation du suédois Bill Skarsgard à souligner. Quelques raccourcis et faiblesses scénaristiques demeurent, comme cette propension gênante à caricaturer les adultes à l’extrême. Le nombre d’enfants traqués par le clown entraîne aussi quelques longueurs, et comme une impression de surplace pour le récit qui parfois se perd dans une répétition de moments d’entrée en fonction du pantin macabre dans la vie de chacun. Quiconque a dépassé l’âge prépubère sans se délester des angoisses de jeunesse se sentira frémir à l’idée d’être absorbé par le jeu qu’exerce ce cauchemar circassien sur le terrain glissant des peurs matérialisées.

Vus dans le cadre du Black Film Festival:

Dabka, de Bryan Buckley

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Site web du Black Film Festival

En mal de reconnaissance du milieu journalistique, un jeune canadien débarque en Somalie, une expérience de terrain inexistante et un projet de livre bancal sur les pirates somaliens sous le bras. Au-delà du fait que le film soit basé sur l’inspirante histoire du désormais renommé journaliste Jay Bahadur, le film de Bryan Buckley semble très souvent aussi naïf que son personnage dans ce qu’il présente du métier de journaliste et de la Somalie. Il reste difficile pour quiconque ne connaît rien de la culture somalienne de s’y retrouver lorsque reviennent constamment à l’écran les deux lieux principaux que sont l’hôtel dans lequel reste Jay (Evan Peters) et son marché environnant. L’équilibre entre comédie et restitution réaliste de la complexité du sujet – jamais réellement atteint – laisse place à une farce qui tire un peu trop sur la corde caricaturale là où il aurait été bon de se laisser envahir par l’aspect informatif d’un film sur le journalisme d’enquête.

Mariannes noires, de Mame-Fatou Niang et Kaytie Nielsen

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Site web du Black Film Festival

C’est quoi être une femme noire en France aujourd’hui?

Avec un documentaire poignant et efficace, le duo de réalisatrice composé de Mame-Fatou Niang et Kaytie Nielsen propose des pistes de réflexion autour de la question à travers les témoignages face caméra de sept femmes. Sans tabou ni censure, chacune aborde les thématiques bouillonnantes entourant les préjugés associés au fait de voir sa nationalité française remise en question par le simple fait d’être noire. A l’image du documentaire d’Amandine Gay Ouvrir la voix – très similaire sur le plan formel mais ayant été tourné au même moment – Mariannes noires élève le débat sur des questions que l’on aurait pourtant pu croire dépassées en 2017. L’aspect mise en scène parfois forcé en plus – celui d’une jeune femme noire dansant et évoluant au rythme des récits – le documentaire se démarque par un relent d’optimisme malgré un constat navrant.

Black Lives Matter, de Joseph Oesi

BLACK-LIVES-MATTER.jpg
Site web du Black Film Festival

Avec ce film coup de poing, le réalisateur Joseph Oesi revient sur le récit méconnu du massacre de 34 mineurs sud-africains en grève dans la mine de Marikana en 2012. Le cinéaste ne tarde pas à rappeler le statut de l’Afrique du Sud, considérée comme l’une des sociétés les plus inégalitaires au monde. Black Lives Matter, ou de l’importance de réaliser que la fin de l’Apartheid n’a pas comme par magie mis fin aux fractures sociales qui gangrènent ce pays de l’Afrique australe. Parfois trop présente bien que nécessaire, la narration associée à la voix du réalisateur et posée sur des images souvent violentes ne suffit parfois pas à saisir la complexité des enjeux, mais réussit à lever le voile sur des enjeux trop peu médiatisés et l’histoire d’un pays rongé par les conflits ethniques et sociaux.


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