Cédric Klapisch: Ralentir la cadence

© Emmanuelle jacobson-roques – Ce qui me meut- MK2 Mile End

Tout millénial qui se respecte s’identifie au joyeux bordel qu’est la vie de Xavier, que le solaire Romain Duris a accompagné à travers L’Auberge espagnole (2002), Les Poupées Russes (2005) et Casse-tête chinois (2013).

Avec Retour en Bourgogne, Cédric Klapisch renoue avec le film générationnel déjà bien entamé avec Le Péril jeune (1994) et son portrait des années 90.

Après un tour du monde, dix ans loin des siens, quatre ans et onze mois sans donner de nouvelles, Jean (Pio Marmaï) retrouve sa Bourgogne natale alors que son père est à l’hôpital. Parti pour fuir les exigences paternelles, le jeune homme renoue avec le vignoble familial, son frère Jérémie (François Civil) et sa soeur Juliette (Ana Girardot).

“C’est l’histoire de trois enfants qui deviennent orphelins trop tôt,” explique Klapisch. “Le point de départ de Péril Jeune c’était un peu la même chose, où la difficulté était de savoir comment fabriquer de la comédie avec quelque chose qui n’est pas drôle au départ, et là c’est un peu pareil. C’est gérer la mort des parents comme dans Le Roi lion!”

Pour le réalisateur français, les seuls points communs entre Retour en Bourgogne et la trilogie sont la tranche d’âge et la voix-off du personnage principal. Mais cette voix-off, et surtout sa fonction, ont quant à elles très peu de similarités avec celle que Romain Duris s’est approprié. Alors que Xavier commentait sa vie d’étudiant, de jeune écrivain puis de père avec recul et autodérision, on se retrouve ici face à un Jean qui constate et explique, au risque de sous-estimer les interprétations du spectateur et de minimiser les pouvoirs du show don’t tell.

MK2 Mile End

“Le personnage de Romain Duris dans L’Auberge espagnole est vraiment un anti-héros, un adolescent attardé, donc la voix-off c’est presque pour se moquer de lui. Là c’est plutôt quelqu’un qui va mal et qui apprend à aller mieux, donc la voix-off est forcément très différente. Jean a un problème à régler avec son enfance, alors c’est vraiment une thérapie.”

Cette thérapie, c’est aussi celle de savoir prendre le temps, et de véhiculer une vision du monde où il fait bon patienter. C’est comme ça que le réalisateur s’explique cette comparaison si forte entre vin et amour, exceptions que Klapisch – citant L’amour dure trois ans – voulait souligner à l’heure où tout a une date de péremption.

Retour en Bourgogne est sur ce point un film qui prend son temps, où le besoin se fait ressentir de ne pas abuser d’ellipses lorsque vient le temps de montrer à l’écran chaque étape des vendanges. Un aspect charmant qui se fait très vite engloutir par une métaphore bancale et très premier degré des relations humaines, véhiculée par une narration du “je” qui semble clore le récit plutôt que d’ouvrir la réflexion.

Il semble pourtant que le film avait tout pour séduire. Un trio d’acteurs irréprochable constitué de Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil, un scénario qui tient debout, une bonne dose de situations cocasses – difficile d’étouffer un fou rire devant cette scène où les deux frères ivres doublent les voix de leur sœur et de celui qui tente de la séduire un soir où le groupe fête la fin des récoltes – et un bel hommage à ces métiers manuels pris pour acquis.

“Je voulais être réaliste par rapport au métier de vigneron, et je pense que c’est très en parallèle avec le métier de réalisateur,” lance Cédric Klapisch. “Être réalisateur c’est vraiment apprendre à être patient. On parle souvent de filmer dans l’urgence, mais il faut aussi savoir filmer dans la patiente.”

Cette ode à la vie et à la simplicité que Xavier n’a jamais cessé de chercher est pourtant palpable dans ce dernier film. Mais le message peine à passer dès lors que le moyen de transport ne semble pas coller à l’identité rythmique du cinéaste, qui nous avait habitué à une énergie contagieuse et à des personnages habilement construits puisqu’imparfaits mais surtout à même de critiquer avec acidité leurs parcours.

Si plusieurs histoires connexes viennent se greffer au fil conducteur scénaristique, c’est d’abord par souci d’évoquer la sphère de chacun. Mais pour prendre comme exemple celle de Jérémie (François Civil), le conflit qui oppose le plus jeune frère à son beau-père frôle la caricature en enchaînant les saynètes, éloignant le film de sa capacité à saisir la complexité de ceux que les liens du sang unissent et déchirent. La morale linéaire de Retour en Bourgogne aura finalement eu raison de la complicité fraternelle amorcée puis tant recherchée au fil du récit, où l’évolution de chacun semble finalement s’opérer en parallèle.

Après un bref passage à Montréal, Cédric Klapisch présentait son film ce mardi au Festival du cinéma de la ville de Québec. Retour en Bourgogne, de son titre original Ce qui nous lie, sera dans les salles du Québec dès le 29 septembre.

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