Maipoils, le retour triomphant du duvet!

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Dessin d’Éloïse Caron

 Gare à ceux qui croient que poil et douceur ne sont pas fait l’un pour l’autre !

Maipoils va, et a sûrement peut-être changé votre avis sur le poil, les préjugés qui le bercent depuis sa tendre enfance, les instruments de torture qu’on lui impose depuis toujours, et votre rapport à ce petit duvet contre qui la gente féminine ne cesse de se dresser…corps et âme ! Cette guéguerre au poil, après moult réflexions sur la question, Paméla Dumont a voulu y mettre un terme.

Paméla DumontPaméla Dumont – Photo: Patrice Tremblay

« Maipoils n’est pas parti d’icônes médiatiques mais de personnes concrètes, ça a été deux jeunes filles que j’ai rencontrées dans la rue qui avaient des poils, et ça a semé une réflexion qui n’a pas arrêté de grandir depuis 2 ans. Je me suis mise à questionner mon automatisme et à m’avouer à moi-même que j’avais une petite obsession propre à toutes les femmes, celle de ne pas en avoir!”

Débute alors un pèlerinage face au conditionnement: pourquoi tous ces traitements, épilations, bandes de cire, rasoirs et cet acharnement face à la réapparition présupposée négligée de ce cheveu outre-atlantique qui n’est que naturel ?

« J’ai fait le test pour la première fois cet hiver avec mes jambes, et j’étais en dégoût de mon corps, pourtant j’avais la réflexion. Ça a commencé par mon chum qui lors d’une repousse m’a dit ‘oh c’est ben doux pis c’est ben beau.’ Après ça tu te dis comment ça se fait que je trouve mon propre corps dégueulasse ? Il n’est pas sale, il n’est pas pas féminin, ça fait partie de la biologie, » explique l’organisatrice de Maipoils.

« Souvent on a une conception de ce à quoi l’homme s’attend et de ce que moi je devrais être. J’ai toujours préféré être épilée, sauf que je sais que mon conditionnement était très fort. J’ai dû me raser pour jouer un rôle et je me suis sentie plus nue que jamais, chaque personne le vit différemment mais il y avait des réflexions qui me popaient, le côté sensuel du poil, une certaine puissance, j’avais l’impression d’être pleinement moi avec mes poils. Les problèmes qu’on a avec la repousse n’existent pas parce que tu as du poil, c’est parce que tu les enlèves, tu l’altères, et ça endommage la peau.”

Après Movember et la journée sans maquillage, c’est au tour de Maipoils de faire son apparition sur le devant de la scène montréalaise avec une initiative non sans humour prête à éradiquer non pas cette pousse brune/blonde/rousse mais plutôt ce tabou lorsqu’il est question – malaise – d’évoquer sa toison au détour d’une conversation.

« Les gens voient ça comme un festival du poil, mais le plus gros défi c’est d’inviter les gens à parler de poils, t’en parles juste dans ta famille, fait que ça c’est déjà beaucoup parce que souvent notre opinion n’est pas faite sur le sujet, ça devient gênant très vite. D’en parler ça peut être très drôle aussi, faut pas oublier que c’est juste du poil mais ça veut dire beaucoup au niveau de la signification. »

Pour l’actrice, Maipoils a d’abord débarqué dans sa vie par un constat quotidien propre à toutes, celui de l’éternel cycle de la repousse et de la liquidation pubienne avant de pouvoir enfin se prélasser au spa l’esprit tranquille. Mais le poil, à l’instar de tout thème social, possède aussi une évolution qui lui est propre, n’en déplaise à ses détracteurs. Paméla Dumont s’est justement plongée à corps perdu dans ce que ce minuscule attribut du corps humain a pu représenter depuis la nuit des temps.

« L’élimination du poil a toujours fait partie de l’histoire. A un moment de l’histoire le poil servait à diviser les classes. Les élites romaines et celles de l’Égypte grecque s’enlevaient les poils pour se différencier du peuple et se rapprocher de la divinité, et de nos jours il y a un peu de ça aussi. On catégorise beaucoup les gens, il y a de l’espoir car on a déjà vu Julia Roberts avec du poil aux aisselles mais elles sont rares ces icônes-là à travers qui nos nouveaux dieux sont des personnalités médiatiques. »

Comédienne à l’énergie contagieuse, Paméla Dumont expose sur la table les innombrables inspirations qui l’ont nourri pour ce projet. De la chaîne YouTube Refus Global Now au Womanhood Project de Sara Hini et Cassandra Cacheiro en passant par les chroniques de Lili Boisvert dont celle sur le retour du poil pubien sur le blogue sexe de Radio-Canada, les influences ne manquent pas pour faire repousser… le débat!

Même si l’événement touche à sa fin après avoir pris d’assaut le mois de Mai – moment propice à exposer ses petites gambettes velues (et propres!) – l’événement se veut plus ambitieux qu’un simple passage annuel de par sa volonté première: décomplexer chacune à travers les attentes que la sphère publique lui impose au quotidien.

« Ce qu’il faut retenir de Maipoils c’est ce que c’est une invitation au fait que chacun peut faire quelque chose. Si t’as du poil à ton parte de famille, ça va avoir un impact, et déjà là ce que tu fais c’est que t’en montres, et ça apporte du changement. Pour moi ça a changé ma vie ! Pourquoi ? Je n’en avais jamais vu de ma vie. Si t’en montres un peu, ben déjà là t’ébranles les mentalités.

Mais après ça, il y a aussi un impact sur toi-même. Si toi t’as été capable d’en avoir un peu, que ce soit juste dans la sphère de l’intime, déjà là ça ne peut que décomplexer les femmes, et aider à ce que ce ne soit pas une obligation, et surtout l’été. La plupart des femmes nous ont dit ‘je ne le fais pas pendant l’hiver, mais j’suis pas capable l’été’, et ça c’est très intéressant, ça veut dire que t’es capable de vivre avec ton poil, pour toi et avec ton conjoint, mais pas dans la sphère publique. »

Chaque jour du mois de Mai s’est vu offrir un témoignage autour du poil, tous récoltés sur le site web  arborant le travail de bénévoles engagés, de dessinatrice et du lien vers la plateforme de sociofinancement de Maipoils, « sensibilisation à la pilosité féminine et sa portée », encore active afin de rendre possible une seconde édition.

Après une séance photo et une soirée de clôture semée d’interventions rythmées sur la libération de la femme (Noémi Lira), de messages aux modèles musclés Channing Tatum et Vin Diesel (Steve Gagnon) ainsi que du conte du Loup-Garou version transition (Samuel Bleau), le ton intemporel et intersectionnel de Maipoils est donné et risque bien de s’étendre à l’année…

_MG_2417-ModifierSéance photo Maipoils – Mario Faubert photographe

“Le poil est le prétexte à faire « exploser » un des carcans rendu indiscutable de l’objectivation sexuelle des femmes et de leur infantilisation. En passant par le canal du sujet du poil, on peut se rendre loin… dans nos discussions féministes. Maipoils ne se limite pas à un mois. Toute l’année durant, nous devons continuer nos recherches, nos partenariats et aller faire de la sensibilisation sur le terrain: les écoles.”

“Le complexe du poil arrive très tôt. Ce qu’on aimerait: aller sensibiliser directement les jeunes et en parler aux professeurs pour les aiguiller sur nos divers constats. On attend juste ça : faire un partenariat avec le Ministère de l’éducation et/ou le Ministère de la santé et des services sociaux.”

Pourquoi continuer ?

“Parce qu’on y croit dur comme fer, que ce tabou n’a pas lieu d’être. Parce que parler c’est bien, mais agir, ça peut ne rien coûter en temps et en argent et changer un peu le monde comme, par exemple, en ayant son poil en tant que femme. Toutes ces personnes qui nous témoignent par surprises leur besoin de parler de poil… ce qu’ils et elles n’ont parfois encore jamais fait. C’était lourd, et ce ne l’est plus.”


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