Premier Festival de films féministes de Montréal: Rencontre avec Magenta Baribeau

Photo-portrait-magenta-baribeau-autoportrait-1048x590crédit: Site web Réalisatrices Equitables photo: Magenta Baribeau

Capitale culturelle du Québec et berceau de nombreux festivals, Montréal n’attendait plus que lui. Le tout premier Festival de films féministes de Montréal a fait ses premiers pas du 20 au 23 avril muni d’un sous-titre porteur de sens: Cinémas de résistance.

“Je veux que les gens retiennent qu’il y a une pluralité de cinémas féministes et de voix. Un ami réalisateur autochtone me disait justement la même chose: ce serait bien qu’on finisse par comprendre qu’il n’y a pas qu’un cinéma autochtone, qu’il y en a autant qu’il y a de genres. C’est la même chose pour le cinéma féministe,” explique Magenta Baribeau, cinéaste et organisatrice du festival aux côtés de quatre amies, Kristen Brown, Ariane Caron-Lachance, Marion Hubert, Erica Leblanc.

215 soumissions plus tard, 24 films de 11 pays différents sont retenus. Mme Baribeau explique avoir privilégié une diversité de points de vue et de pays d’origine (Iran, Angleterre, Brésil, Allemagne) pour cette première édition dont la programmation s’est penchée sur un ensemble de courts-métrages de moins de 35 minutes pour qui le test de la question “Pourquoi votre film est-il féministe?” a été passé avec succès.

“C’était important pour nous d’avoir des films autochtones, des films Trans, des films réalisés par des personnes de couleurs. Le féminisme blanc on en entend parlé de plus en plus mais il reste encore des gens qui ont encore moins de temps de parole. (…) On devrait tous et toutes être des camarades de lutte. Moi en tant que femme blanche cisgenre j’ai des privilèges et j’essaie en étant consciente de ça de pouvoir aider en tant qu’allié d’autres personnes.”

Pour la diffusion de son documentaire Maman? Non merci!, la blogueuse s’est heurtée à une porte close en France, pays dans lequel elle a pourtant en partie tourné son film sur le désir de nombreuses femmes de ne pas être mères. Les salles qui l’ont accueillies à Berlin, Londres et Montréal étaient remplies. Ces deux premières villes européennes – avec Dublin et Stockholm – accueillent chaque année un festival de films féministes. L’Hexagone quant à lui est pourtant connu pour son festival international du film féministe et lesbien de Paris – Cineffable – qui célébrera cette année sa 29e édition, auquel s’ajoute le festival féministe de documentaires d’Arcueil – Femmes en résistance – ainsi que le Festival International de films de Femmes de la ville française de Créteil.

Mais pour Mme Baribeau, qui s’appuie sur le rapport publié en 2016 par le collectif des Réalisatrices Équitables,  il s’agit moins d’un problème de mobilisation que d’une question d’égalité des chances. Sans aucun financement ni publicité et une page WordPress sous le bras, le Festival de films féministes de Montréal a amassé 1800 J’aime sur leur page Facebook en un temps record, atteignant aujourd’hui la barre des 2300. Mis au point il y a cinq mois, le festival a affiché complet lors de ses trois journées d’événements, confirmant la raison d’être de ce projet inclusif dont le but premier est de célébrer les auteures multiculturelles et la pluralité du féminisme. Un bilan qui laisse la part belle à une seconde édition.

“Ce qu’on voulait faire aussi c’était de montrer qu’il existe des films positifs, oui il y a des films féministes qui sont drôles, que ce n’est pas toujours quelque chose de lourd où on parle culture du viol, oui on en parle, mais il y a des films aussi absolument charmants qui montrent le féminisme sous un angle léger et mignon.”

“On me dit souvent ‘au Québec vous êtes vraiment plus progressistes en matière de féminisme’, et pourtant en France il y a le festival Cineffable qui existe depuis 28 ans et nous on a rien ici, et je trouvais ça complètement fou. Je me suis dis ‘il faut vraiment qu’on crée quelque chose comme ça ici pour donner une vitrine au merveilleux travail qui se fait et qui se passe dans l’ombre.’”

De nombreuses initiatives sont pourtant en cours afin d’améliorer la situation des femmes au sein du milieu cinématographique québécois. L’ONF vise la parité pour de nombreux postes de créations alors que la SODEC met en place un plan d’action dont le noyau est la parité hommes-femmes d’ici 2012. Quant à Téléfilm Canada, l’un de ses premiers objectifs pour l’année 2017 est de favoriser les projets réalisés ou scénarisés par des femmes.

Une avancée quant à la situation des femmes dans le cinéma québécois qui est à nuancer selon Mme Baribeau. “Il commence à y avoir de plus en plus d’initiatives, c’est très bien mais on n’est pas encore arrivés à prendre en compte les réalités Trans. Pour moi c’est encore un problème parce que c’est toujours à propos de la binarité. On est soit homme soit femme et il y a des gens qui ne sont ni l’un ni l’autre, et c’est problématique.”

Également traductrice de films, cette militante féministe qui regrette la persistance de mythes associés au féminisme tel que la misandrie (NDLR sentiment d’hostilité envers les hommes) regrette aussi celle d’une catégorisation dans la fiction, milieu qui recueille seulement 17% des femmes quand on sait qu’elles sont la moitié à étudier dans ce domaine.

“Le milieu de la fiction au Québec donne très peu de place aux femmes, qui finissent par être cantonnées à des rôles traditionnels de coiffure, maquillage, ce qui est très bien si c’est ce que ces personnes veulent faire. Quand je suis allée chercher une accréditation j’étais la seule femme présente parmi 50 personnes qui avait décidé de faire autre chose qu’un de ces métiers, moi j’étais là en tant que preneuse de son. On parle de plus en plus des réalisatrices, productrices, scénaristes, mais on oublie souvent les femmes et personnes non genrées qui travaillent en prise de son, caméra, des métiers qui eux ne sont pas sujets aux 50% de l’ONF ou autre, donc c’est encore plus dur pour ces personnes là.”

Selon Magenta Baribeau, le féminisme, à l’image du cinéma, est pluriel et ne se cantonne pas à une seule définition. La documentariste québécoise le perçoit comme organique, vivant, quelque chose qui n’est pas figé dans le temps. Alors, finalement, c’est quoi être féministe en 2017?

“C’est se faire traiter de tous les noms jusqu’à ce que des figures dans le milieu quittent leur emploi, je pense à plein de femmes qui ont arrêté d’avoir une tribune publique parce qu’elles étaient épuisées. Être féministe c’est penser à l’intersectionnalité des luttes, c’est rêver, espérer militer.”

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s