L’Économie du couple: Règlement de comptes

220308Photo: Axia Films

Un couple se déchire sous les yeux de ses jumelles.

Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris en arrivent à l’étape du règlement de comptes, au sens propre comme au figuré. Elle a acheté la maison, lui l’a retapé. A l’heure de la séparation, chacun réclame son dû. Au cœur de ce drame universel et pourtant si familier, un cinquième personnage constitue le symbole d’une ambiance pesante longtemps synonyme de cocon familial: la maison. Pour son dernier long-métrage, Joachim Lafosse joue à la pâte à modeler avec cet espace confiné devenu huis-clos. C’est l’utilisation d’une caméra Stab-One privilégiée par Iñarritu pour Birdman (2014) et The Revenant (2015) qui permettra au réalisateur belge une certaine liberté de mouvements propice au tournage en intérieur. Mais qu’elle soit devant ou derrière l’écran, l’asphyxie est totale. L’une des rares scènes en extérieure où Boris débarque alors que Marie dîne avec des amis sur  la terrasse n’échappe pas à ce malaise général troublant de naturalisme.

Quelqu’un voudra bien encore un peu de désamour?

Aucun échappatoire possible jusqu’à l’accident final qui s’était fait trop attendre. A l’inverse des rôles qu’ils endossent, Bérénice Bejo et Cédric Kahn sont irréprochables. Victimes d’une famille qui part en éclats, Jade et Margaux rebondissent d’un parent à l’autre en fonction des jours de chacun. Situation financière précaire oblige, l’un part en week-end lorsque l’autre s’occupe des filles. Balle au centre: rien n’est dit quant aux possibles fautes ou raisons du divorce qui rôde. A double tranchant, cette particularité volontaire du scénario d’omettre le passé heureux du couple et donc l’élément qui aurait tout fait partir en vrille ne permet aucune préférence même si l’attachement à cette famille devient par la même occasion plus improbable.

Sixième protagoniste, il est pourtant le moins visible et le plus vicieux de tous. C’est bien sûr l’argent, celui qu’aucun couple ne peut éviter bien qu’il ne devrait jamais revenir sur le tapis, preuve d’un goût amer et symptôme d’un non-dit qu’on aurait trop longtemps laissé pourrir. Malgré un casting parfaitement contrôlé et une poignée d’éléments de mise en scène prometteurs, le réalisateur de Nue Propriété (2006) ne parvient pas complètement à créer la chimie qui aurait pu avoir lieu entre le scénario et son rapport à l’espace pour ce dernier long-métrage inspiré de Qui a peur de Virginia Woolf? (Mike Nicholas, 1967). Bien qu’omniprésent de par la connotation qu’en fait le titre, le fric, pécule ou flouze pèse non pas par sa fonction d’épicentre du film mais plutôt par son caractère rébarbatif et sa capacité à occuper quant à lui un peu trop l’espace quitte à en étouffer le schéma narratif de cette Économie du couple. Même si Joachim Lafosse suit cette stagnation d’un amour révolu, l’acte de filmer nécessite une variation dans l’approche d’un sujet; le huis-clos n’a d’ailleurs jamais empêché l’évolution, bien au contraire comme le prouve Almodovar avec Femmes au bord de la crise de nerfs (1988).

Même s’ils renvoient à une atmosphère conjugal pétrie de ressentiments, les silences et les temps morts finissent par laisser entrevoir un manque d’équilibre dans le déroulement et le rythme d’un récit qui traîne en longueur car trop dépendant de sa chute. Malgré ces bémols, L’Economie du couple n’en reste pas moins glaçant de réalisme quant à sa dissection de la désillusion amoureuse.

L’Economie du couple, en salles depuis le 31 mars

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