Réparer les vivants: Anatomie du Deuil

xReparer,P20905x509.jpg.pagespeed.ic.PdFsAEv9fDPhoto: Axia Films

Crinière blonde, le teint mat: son visage est celui de la jeunesse absolue, et sa virée de surf nocturne synonyme d’une désinvolture grisante.

L’accident arrive comme un cheveu sur la soupe, un cri étouffé arraché à mère justice d’entrée de jeu. Il est en état de mort cérébrale, tandis que Claire est en quête d’un coeur neuf. Entre les deux, les parents de Simon se retrouvent face à un choix indicible.

Le coeur n’est pas un organe comme un autre. Katell Quillévéré nous le souffle à l’oreille dans son adaptation bouleversante du roman éponyme de Maylis de Kerangal. Il n’est pas anodin d’observer la cinéaste s’attaquer à l’humain et à ses émotions dans ce qu’ils ont de plus viscéral, terme littéralement associé aux organes internes du corps humain.

Qu’est-ce que le cinéma si ce n’est scruter les tréfonds de l’être humain? Avec Réparer les vivants, Quillévéré s’abandonne avec grâce au pluralisme du regard cinématographique de par sa structure basée sur trois perspectives face au deuil: celui qui l’incarne – Simon – ceux qui le subissent – ses parents – et enfin celle qui lui fait face et doit l’accepter, Claire. Chacun gravite autour de ce coeur, qui soudainement prend la forme d’un lien tissé entre les personnages, affectés à différents degrés par cet événement tragique mais tristement banal. La technique se met dès lors au service de l’émotion, celle qui fait froid dans le dos car inimaginable. Quillévéré pose un regard délicat sur un thème ambigu qu’est le don d’organe, le tout se tenant le plus loin possible d’un quelconque pathos de par une sobriété et un dosage contrôlé de la musique, enivrante sans jamais flirter avec le mélodramatique. Inutile d’étaler lorsqu’on s’entoure d’un casting aussi grandiose. Dans la catégorie acteurs dont la palette d’interprétations est aussi multiple qu’imprégnée de justesse, j’ai nommé Anne Dorval (Mommy), Emmanuelle Seigner (La Vénus à la fourrure), Tahar Rahim (Un prophète), Kool Shen (NTM) et Monia Chokri (Les Amours Imaginaires).

De retour sur les thèmes qui lui sont chers après Un poison violent (2010) et Suzanne (2013) – l’amour, la famille, le déchirement – la réalisatrice française réussit le pari de retranscrire les étapes du deuil en lui donnant par la même occasion une multitude de visages. Déni, culpabilité, acceptation puis rejet. Les nombreuses scènes à l’hôpital dénotent un froid clinique qui contraste avec une série de flashbacks dédiés au souvenir de Simon et au récit d’une vie qui aurait pu être vécue.  Rien n’est manichéen à partir du moment où la luminosité qui accapare progressivement le récit s’impose dès les premiers plans du film, dont le bleu sombre associé à l’appel du large offre un champ des possibles.

De l’acte inhumain se profile un portrait profondément humain du rapport que chacun entretient avec la vie et la mort, sans oublier la passion, celle qui est restée à l’état d’ébauche entre Simon et sa copine Juliette, celle qui rapproche ses parents séparés Marianne et Vincent, ou encore celle qui grâce à la pianiste Anne empêche Claire de renoncer. De par cette lueur diffuse émerge alors un propos imbibé de réalisme, de sincérité mais surtout d’espérances…

Le cinéma – jeu de l’équilibriste entre le ressenti et ses mécanismes – est finalement le parfait support pour traiter de la complexité d’une décision par laquelle se dessine un fossé entre la souffrance provoquée par la perte d’un être cher et l’alternative scientifique du don d’organe.

Sortie: le 10 mars

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