L’Odyssée: Un Biopic qui ne fait pas de Vague

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A l’époque où le premier homme marche sur la lune, lui, affublé d’un bonnet rouge, savoure sa consécration face au choix de partir à la conquête des fonds marins.

Explorateur, aventurier, rêveur et “mousquemer” confirmé, le Commandant Cousteau, de son surnom parmi tant d’autres, n’a pas toujours été à la hauteur de l’image d’homme idéal qu’on lui prêtait. C’est dans cette optique de lever le voile sur une personnalité multiple que Jérôme Salle introduit L’Odyssée. 1948, Jacques-Yves Cousteau (Lambert Wilson), banni des airs après un accident de voiture, prend la mer avec sa femme Simone (Audrey Tautou) à bord de la Calypso, faisant le choix de laisser derrière lui ses deux fils Philippe et Jean-Michel (Pierre Niney et Benjamin Lavernhe).

Dans sa démarche de déconstruction d’un mythe, le réalisateur des Largo Winch (2008-2011) se heurte à une coque scénaristique assez simpliste, dans laquelle la nuance initialement établie ne semble pas vouloir refaire surface. Marin avant d’être père, Cousteau poursuit un rêve qui rapidement le dépasse, l’éloigne d’un certain sens des responsabilités, et dont le succès fera naître un déni de sa sensibilité première. La deuxième partie du film impose une révélation aussi inattendue que grossière, celle d’un homme qui à travers une réconciliation avec son fils favori, renoue avec dame Nature, qu’il a conquis faute de pouvoir (vouloir?) la protéger. Il reste difficile de croire à un changement de cap aussi soudain face à un romantique devenu money-maker puis écolo.

La relation père-fils, sublimée par une scène d’affrontement-purgatoire et un parallèle furtif avec le cinéma puis perdue à travers une quête constante du succès, reste à l’état d’ébauche. Chaque biopic possède son parti-pris, mais celui-ci tend à repousser ce choix qui aurait contribué à éclairer un seul et unique aspect de la vie de cette icône du grand bleu.

Big Browser l’explique lui-même, le documentaire primé de Louis Malle et Cousteau lui-même – Le Monde du silence (1956) – expose les limites et de ce fait le paradoxe du personnage maladroitement abordé par celui à qui l’on doit Zulu (2013) et Anthony Zimmer (2005). Même si L’Odyssée amorce un voyage en eaux troubles au cœur des contradictions du maître Cousteau, son titre évocateur finit par sonner creux faute de pouvoir rebondir sur une mise à nu du conflit psychique. La photographie impeccable du film dont les scènes d’exploration céruléenne laissent en apnée reste pourtant en suspens face au croquis d’une épopée.

Avec La vie Aquatique (2004), dans lequel Wes Anderson refuse de prendre son sujet au sérieux, le cinéaste américain semble davantage saisir la dualité de Cousteau par son approche onirique dont le point de départ est un double loufoque du commandant, Steve Zissou (Bill Murray). Là où Jérôme Salle s’efforce dans un premier temps de dépeindre le caractère héroïque du personnage pour que le spectateur assiste ensuite à sa chute, Anderson, sous forme d’hommage burlesque affranchi des codes du biopic, privilégie dès son introduction la composition humaine de cet homme conscient de ses imperfections et du caractère divin de ce qui l’entoure… à l’image d’Ulysse.

En salles dès le 3 mars 2017

 


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