Plan-séquence, hommage et chronologie des couleurs aux RVCQ

André Melançon: le gars des grands vues, de Luc Cyr

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Photo: Site officiel des RVCQ 2017

“Je suis persuadé qu’une société sans culture ou théâtre, est condamnée à mourir de froid.” Cinéaste au coeur tendre, André Melançon a toujours eu à coeur de filmer les enfants à leur échelle. Ce documentaire de moins d’une heure, bien que trop court pour mesurer l’ampleur du réalisateur sur l’ensemble du paysage cinématographique québécois, suffit à déceler la nature d’un homme pour qui le cinéma fut un cri du coeur, et son film Les vrais perdants “un cri d’enfant”. A l’image du Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier, le film se construit autour de deux entrevues avec André Melançon, ponctuées de ses commentaires et premiers coups de foudre cinématographiques, parmi lesquels on retrouve Tarzan et La Strada de Fellini. Très tôt le cinéma est une passion pour Melançon, et le 7e Art le restera lorsqu’il fait le choix de devenir psychoéducateur, une profession qui ne sera justement pas un obstacle mais un tremplin vers le genre de cinéma qui attirera celui que la jeune actrice de Bach et Bottine (1986) – Mahée Paiement-surnommera à juste titre le Papa du cinéma. Luc Cyr retrace la candeur du personnage amoureux du travail d’acteur – lui qui dit en avoir fait une piètre expérience – et sa capacité à donner une voix aux plus jeunes.

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Photo: Site officiel des RVCQ 2017

Boris sans Béatrice, de Denis Côté

Si Denis Côté perçoit son film comme une comédie, le décor épuré et immaculé qu’il insuffle à son neuvième long-métrage n’inspire pourtant ni le rire ni la sympathie. Chef d’usine bourgeois et libéral, Boris Malinovsky (fabuleux James Hyndman) prend une pause pour s’occuper de sa femme, dont la santé erre entre dépression et mélancolie profonde. Une composition impeccable des plans s’associe à une conscience trop lisse et douteuse d’un homme dont l’irréprochabilité s’efface avec un enchaînement de conquêtes (Helga la collègue, Klara l’aide à domicile). La présence – ou omniprésence – de James Hyndman, confirmée sur les planches, aurait dû mettre la puce à l’oreille lorsque l’univers théâtral vient se confronter, tel Boris face à sa conscience, à celui du cinéma. Les éléments sonores et musicaux participent à créer une ambiance unique et inquiétante à laquelle vient se greffer une mise en scène toute particulière et sujette à un effritement de ce qui différencie la réalité de la fiction, forçant le spectateur à assister à une remise en question de l’univers qu’on lui a jusqu’ici présenté.

Le Cyclotron, d’Olivier Asselin

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Affiche du film Le Cyclotron: site officiel des RVCQ 2017

Le Cyclotron est un ovni cinématographique comme il s’en fait peu. La dernière œuvre d’Olivier Asselin pose la possibilité de réécrire l’Histoire, la grande mais aussi la petite, celle qu’on vit et celle qu’on raconte. C’est justement l’Histoire – celle de la Seconde guerre mondiale – que le réalisateur et scénariste distord à travers sa nouvelle histoire, celle d’une espionne de la résistance chargée de tirer les vers du nez à un scientifique allemand avec qui elle a entretenu une liaison et dont les calculs peuvent contribuer à la construction d’une bombe atomique appelée Cyclotron. C’est par sa réalisation basée sur une chronologie des couleurs et sa construction scénaristique éclatée mises au service d’un véritable propos que le cinéaste québécois réalise ce tour de force visuel. Trois époques structurent le récit, chaque tonalité de couleurs représentant l’une d’entre elles, le présent en noir et blanc, le futur en technicolor, et le passé en couleurs délavées à la limite du sépia de carte postale. Même si Asselin évoque son film comme un rêve, ce dernier prend le parti de la théorie d’Everett concernant la physique quantique, qui serait de l’interpréter dans un contexte d’univers parallèles possibles. L’art et la science se rejoignent alors sur le terrain du cinéma. Le Cyclotron défie les genres – science-fiction, film historique – et les espace-temps en livrant un hommage aux techniques du cinéma et à leur évolution qui suspend chacun entre deux époques, tel son cinéaste qui, pour la sortie d’Un capitalisme sentimental (2008), affirmait déjà au Devoir être né au mauvais moment.

Leçon de cinéma avec Podz

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Photo: Ambre Sachet

C’est assurément une grande leçon de cinéma à laquelle a assisté la cinquantaine de spectateurs présents à la Cinémathèque Québécoise en ce 1er mars pour une rencontre avec Podz. Humble et peu adepte du terme “leçon”, le cinéaste a préféré offrir au public une mise en pratique de la technique cinématographique qu’il a fait sienne avec son succès King Dave (2016), le plan-séquence. Entouré de son équipe, d’une scène du film réduite et de deux jeunes acteurs, dont Pier-Luc Funk – porte-parole de cette édition des RVCQ – le réalisateur de Miraculum (2014) se lance sans plus tarder dans l’organisation d’une répétition à travers laquelle il décortique la fabrication d’un one-shot à la sauce Podz. La pudeur face à la prise de parole publique se mue rapidement en une assurance face à la visualisation de chaque plan, illustrée par un cadre imaginaire que Podz tient entre ses doigts pour signifier la position de la caméra. La direction d’acteurs? Très peu pour Podz, qui préfère laisser les comédiens vivre le moment et perçoit l’interruption comme un manque de respect envers leur travail. Et… action! Le plan-séquence, rediffusé sur l’écran de la salle principale, prend vie en plein coeur de la Cinémathèque. De la scène du bar qui s’est déroulée en mouvement à l’utilisation de plateformes roulantes, Podz retrace le parcours de Dave, pour qui le choix de réaliser le film en studio se serait révélé trop noble pour ce protagoniste dont l’environnement premier est la rue. “On ne se rend parfois pas compte qu’on est des personnages secondaires dans la vie des autres, et je pense que c’est important de comprendre d’où viennent ces gens-là. Pour moi le plan sans coupe c’est ça, c’est comprendre, suivre un gars qui fait des erreurs, qui est un douche-bag cave mais aussi un être humain.”

KING DAVE en chiffres :

2 mois de répétitions

1 mois de tournage

20 lieux de décors

9 km de distance

95 minutes

Pour relire ma critique de King Dave, c’est par ici.

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