La la land/Pour l’amour d’Hollywood: ode à l’ambition

N’en déplaise à ceux qui l’attendent pour les fêtes, La la land / Pour l’amour d’Hollywood n’est pas une histoire d’amour. Il serait beaucoup trop réducteur de résumer la rencontre de Mia et Sebastian en ces termes, difficilement définissable et véhicule musical d’une ode à l’ambition. Actrice et pianiste en devenir, les deux Angelenos célèbrent l’aboutissement d’un rêve que seul l’acharnement fera naître. Familier dîtes-vous? Mais là où Andrew exorcisait ses angoisses par la violence avec le succès Whiplash (2014), Mia et Sebastian le font par l’art du spectacle intelligent.

Emma Stone et Ryan Gosling, de par leurs performances et leur complicité déjà mise à l’épreuve, élèvent le couple au rang de duo dès le premier numéro à deux. Il suffira d’un banc et d’une chorégraphie minimaliste sur fond de Los Angeles assoupi pour être conquis par ce duetto par lequel chacun existe et évite la nonchalance d’un romantisme mielleux aux airs de déjà-vu. Fort d’une esthétique riche basée sur des contrastes de clair-obscur qu’illustrent les scènes de rencontre et de fin autour d’un piano-bar, La la land réinvente le genre et dépoussière la comédie musicale victime jusqu’à présent de ses propres clichés.

Source de désillusion perverse d’une reconnaissance inassouvie dans Grand Piano, l’instrument resurgit ici tel un leitmotiv d’un profond besoin d’accomplissement professionnel, celui-ci prenant le pas sur l’épanouissement sentimental: rafraîchissant.

L’un des plus grands défis de Chazelle fut cette scène d’introduction exigeant plus d’une centaine de danseurs sur Another day of sun, première d’une série de musiques originales. L’énergie qui s’en dégage ne semble rien apporter de nouveau à l’aspect spectaculaire du genre et projette pourtant dès sa deuxième partie et son premier zoom un ton unique et acidulé qui fera toute la différence.

Une sonnerie d’Iphone qui retentit au beau milieu d’un numéro, un idéal tourné en dérision par un Sebastian pianiste de jazz travesti en claviériste rétro des années 80 pour assurer les fins de mois… que d’éléments qui participent à une rupture de rythme propre à un besoin de ne pas se prendre au sérieux. Maître de l’humour et de la dose parfaite de couleurs, Chazelle réussit le pari de déterrer un genre auquel personne ne croyait lorsqu’il a pour la première fois proposé son projet.

Guy and Madeline on a Park Bench (2009) révélait un manque de maturité quant à l’approche trop 1er degré de la comédie musicale bateau. On y décelait péniblement une évolution des personnages et une transition propre entre les scènes de dialogues et les numéros.  Bénéficiant d’un script écrit il y a 6 ans, d’une projection en cinémascope et d’une structure basée sur les changements de saisons, La la land possède le souci des détails et excelle dans l’art de la transition, Mia et Sebastian se retrouvant sous la forme de petites silhouettes dansant et gravitant autour des planètes lors d’un rendez-vous au Centre des sciences. Le film flirte alors avec le fantastique.

Damien Chazelle atteint des sommets grâce à une appropriation brillante de l’anachronisme. Les genres, les époques, les visions et les décors s’entrecroisent volontairement dans un conte moderne et lumineux où l’émerveillement est constant mais indissociable d’une certaine réalité. L’histoire se cristallise alors pour laisser place à une possible alternative à l’idylle traditionnelle, celle de la réussite personnelle… Un délice.

      La la land/Pour l’amour d’Hollywood, en salles le 25 décembre.


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