The Girl on the Train: Histoire d’un féminisme anesthésié

Si Tate Taylor avait voulu composer un ramassis de clichés sur fond de pseudo thriller dont la première victime serait le genre – non celui du cinéma – il n’aurait sans doute pas fait mieux qu’avec The Girl on the train, adaptation du thriller littéraire douteux de Paula Hawkins.

Parmi les éléments caractéristiques du mauvais film, on retrouve ici l’évidente prise de conscience de sa situation de spectateur assis dans une salle de cinéma, incapable de trouver une position adéquate ou de se laisser prendre à une quelconque immersion dans l’univers qu’on lui propose. Basé sur une idée certes originale, le récit s’articule lentement et finit par tourner en rond comme s’il était question de se calquer sur les allers et retours en train dérisoires de la protagoniste.

Trop souvent au service de la bouteille, Rachel a tout perdu: son mari, son travail, ses amis. Prendre le train et s’immiscer chez les gens dont elle saisit des bribes de vie par souci de voyeurisme nécessaire à sa survie deviennent les principales activités de la jeune femme. Envieuse du couple idéal que semble former Megan et son mari, Rachel décide d’agir dès lors qu’elle aperçoit la jeune femme sur son balcon en compagnie d’un autre homme.

Étalé de manière décousue, un surplus de dates incohérent brouille les pistes et une multitude de flashforwards impose au spectateur une perte de repères chronologiques dont le fondement s’avère douteux et dont on peine à déceler la valeur ajoutée.

La performance d’Emily Blunt peine à sauver le film, se reposant sur un personnage dont la victimisation ne laisse entrevoir aucune volonté de s’arracher au joug masculin sombrant lui-même dans la caricature. Cette dernière reste néanmoins une grande actrice qui n’aura pu tirer le reste du casting vers le haut. Tout en nuances, les femmes sont soit victimes soit salopes (Rachel, Anna, Megan), et les hommes – au choix – infidèles, psychopathes ou bourreaux (Tom, Abdic). Au bord du coma éthylique et de l’aveuglement, Rachel patauge tandis que la nouvelle femme Anna et la disparue Megan, dépourvues d’ambition, subissent.

Les règles du thriller passent à la trappe sans même en conserver les élémentaires frissons. Ridicule, le twist scénaristique concernant l’identité du tueur surprend faute de pouvoir émouvoir. Un seul événement sujet à terrifier et prendre le spectateur aux tripes sur le passé de Megan laisse le spectateur sur sa fin, trop peu exploité sur le plan esthétique. Anesthésie générale émotionnelle aux côtés d’un long-métrage dénué de toute capacité sensorielle.

Montrer de belles femmes au lourd passé ne fait pas partie d’un élan féministe, preuve en est lorsque Taylor préfère jeter son dévolu sur le caractère plastique de la femme plutôt que d’en dévoiler les excavations psychologiques. Dans leur choix de taire la complexité au féminin et un possible approfondissement de leurs protagonistes avec un “e” pour ne laisser triompher que leur superficialité esthétique, Hawkins et Taylor dressent un portrait néfaste et dépendant de la femme moderne. La scène finale et grotesque tant attendue révèle au grand jour le schéma manichéen dans lequel le réalisateur enferme les femmes… et les hommes. L’identification aux personnages est tuée dans l’œuf. L’ennui opère lorsqu’il est clair que la figure féminine n’arrivera à se défaire d’une nuisance qu’à travers un acte commis par un homme perturbé.

Dans son dessein d’adaptation de l’œuvre originale, Tate Taylor préconise la prudence et s’éloigne d’une originalité par laquelle il aurait pu conserver le point de vue de départ atypique sur l’approche d’un thème telle que la violence conjugale à contresens.

Malgré les quelques libertés scénaristiques mais marginales, Tate Taylor aura au moins le mérite d’avoir plus de valeurs que ses personnages en retranscrivant avec fidélité et futilité un récit pseudo-féministe qui ne fait qu’heurter le genre, cinématographique ou non. Parmi toutes celles qui fleurissent, The Girl on the Train était finalement l’adaptation à l’écran dont on aurait pu se passer.


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