RIDM: mini-critiques en vrac

#RIDM #minicritiques

Le Concours, de Claire Simon

Ce n’est qu’après avoir survécu aux trois étapes du concours général – l’épreuve écrite d’analyse filmique, la série d’épreuves pratiques avec à l’appui un dossier personnel d’enquête et l’oral final devant les sept représentants des différents départements de l’école – qu’ils pourront enfin respirer. Il était temps qu’on découvre enfin les dessous d’une grande école française. Avec Le Concours, Claire Simon nous offre une expérience unique et acidulée des coulisses de la Fémis, grande école de cinéma parisienne.

Faut-il imposer une définition universelle du metteur en scène? Dans quelle mesure faut-il que la technique et la folie créative se rejoignent pour qu’il y ait naissance du cinéma? Grande école: usine à robots ou véritable dénicheuse de talents?  Entre débats autour de l’idée cinématographique, comparaisons avec Winding Refn, Cronenberg, rappel de quotas et avis subjectifs douteux, les impressions des évaluateurs fusent.

Entre les propositions de scénarios dans lesquels l’un divague sur les péripéties d’un buisson, l’autre sur l’évolution d’une femme qui se proclame cheval, et les réactions mi-blasées mi-émerveillées du corps professoral, Le Concours puise sa verve humoristique dans cette parade de candidats déterminés à se placer parmi les meilleurs de leur spécialité, que ce soit en son, scénario, exploitation ou documentaire. A défaut de s’attarder sur la facette étudiante du processus, le documentaire de Claire Simon mise sur la transparence d’un système confronté à ses propres limites.

Manuel de libération, d’Alexandre Kuznetsov

7596_Manuel-de-liberation.jpgRidm.qc.ca

– “Quel est ton rêve?”

A cette question issue du champ lexical de l’enfance, basique pour certains, illégitime pour eux, ces résidents de l’institut neuropsychologique de Tinskaya, en Sibérie, renchérissent par une aspiration simple, celle de sortir de cet endroit et de trouver un travail. Yulia et Katia ont été transféré d’un orphelinat sans véritable motif de déficience mentale. Leur statut au regard de la juridiction russe? Incapacité civile. Peine à perpétuité. Au suivant.

Le cinéaste russe Alexandre Kuznestov suit sur quatre années le parcours de ces deux jeunes personnes, enfants indésirés, femmes bafouées. Dépouillées de leurs droits les plus fondamentaux, Yulia et Katia subissent les multiples entrevues, examens, questionnaires en tous genres imposés par le gouvernement russe afin de déterminer un état de santé qui réponde aux exigences d’une société. Indirectement, Kuznetsov pose une autre question, celle, au-delà du portrait qu’il dresse des deux femmes, de la légitimité de ceux qui croient pouvoir définir une normalité. Les jugements négatifs s’enchaînent très souvent sur la base d’un diagnostic médical établi des années auparavant. Un regard clair qui met en exergue les efforts fournis au fil du temps par Yulia et Katia, dont le rêve se concrétise par une quête de liberté et d’autonomie intarissable.

Another Year, de Shengze Zhu

1459017861451

Wuhan, capitale de la province du Hubei et deuxième plus grande ville de la Chine centrale. Portrait de famille dont l’angle est le repas. Il est impossible de catégoriser le second documentaire de Shengze Zhu, véritable ovni cinématographique présenté par le festival des RIDM en ce samedi 19 novembre. Les plans sont fixes et longs: chacun définit un mois de l’année et s’étend sur une durée approximative de 10 à 20 minutes. L’objectif se focalise sur le quotidien d’une famille de travailleurs migrants, les mingong, ces parias de la Chine contemporaine et de son essor économique.

Après avoir aidé de jeunes chinois à apprivoiser l’art de la caméra lors de son premier projet Out of Focus, Shengze Zhu fait la rencontre d’une jeune fille dont la famille pique sa curiosité. Le cinéma fait bien les choses puisque la réalisatrice se penche alors sur le projet cinématographique comme un objectif tourné sur la réalité d’un monde. Another Year est cette capsule partie décortiquer la cellule familiale à travers un moment représentatif de sa constitution, le dîner. Principalement constitué de riz ou de congee (soupe, bouillie de riz), le repas est un élément rébarbatif et prétexte à l’immersion totale et mensuelle d’un univers qui serait longtemps resté enfoui sans la révélation visuelle de l’oeil cinématographique.


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s