Top 4: le meilleur des RIDM

Fuocoammare, par-delà Lampedusa

de Gianfranco Rosi

fuocoammare_di_gianfranco_rosi_still_1-4-1Fuocoammare, par-delà Lampedusa, de Gianfranco Rosi

Fuocoammare, par delà Lampedusa relève davantage de l’essai poétique que du documentaire en bonne et due forme. Après plus d’une année passée sur l’île de Lampedusa, Gianfranco Rosi ressent le besoin de révéler une autre histoire que celle que l’on ne peut s’empêcher de voir dans les médias, ou plutôt, une autre vision de cette histoire, celle de la très médiatisée crise des migrants. Les couches de lectures sont multiples, et le message est clair. Le cinéaste italien jongle avec dextérité entre humour et distance, celle-ci n’ayant d’égale que son mérite à réapprendre au spectateur, sans condescendance, à aborder un tel phénomène devenu banal. Rosi s’appuie sur la force visuelle pour exprimer son propos, illustré par des sauvetages en mer et une multitude de contrôles d’identité. Samuel est un jeune insulaire dont l’histoire ne croise jamais celle des migrants qui foulent le sable de Lampedusa, et pourtant son parcours est progressivement révélateur du manque de recul associé à cette île, véhiculé par le cinéaste d’El Sicario chambre 164, Sous le niveau de la mer et Boatman. La pertinence de l’approche et la douceur métaphorique du regard inusité que porte Rosi sur la crise des migrants justifie de loin ses récompenses pour le Prix du cinéma européen 2016 et celui de la Berlinale 2016.

Retrouvez ici la critique complète de Fuocoammare, par-delà Lampedusa.

Dark Night, de Tim Sutton

darknight02phi-centre.com

Il s’agit d’une série de portraits, mais pas n’importe laquelle. Certains d’entre eux sont victimes, l’autre le bourreau. L’identité du tueur n’émerge qu’avec le dénouement final pourtant connu de tous. Les faits dont Tim Sutton s’inspire sont ceux de la fusillade d’Aurora perpétrée par James Holmes dans un cinéma du Colorado en 2012. Bilan: 12 morts et 58 blessés. Le docu-fiction prend une ampleur considérable dès lors qu’il se détache des faits pour n’en garder qu’un respect profond des rescapés, pour ainsi insuffler au récit une tension insoutenable fortement ancrée dans l’expression d’une nature paradoxale, celle du plus inhumains des hommes. Dark Night est ce type de documentaire dont l’apogée dramatique se fait désirer et n’a d’égal que sa critique aiguisée d’une tranche de la société américaine. L’absence de violence de l’interprétation d’un des événements les plus récurrents aux États-Unis équivaut à une provocation cinématographique aussi intelligente qu’elle est acerbe.

Retrouvez ici la critique complète de Dark Night.

Entre les frontières,

d’Avi Mograbi

avi-mograbi_3.jpg

Au sud d’Israël, en plein cœur du désert du Néguev, il existe un espace hors du temps situé à 20 minutes de la frontière avec l’Egypte. Cet espace, c’est celui que délimitent Holot, Saharonim, Sadot, Nashal Raviv et Ktzi’ot, un groupe de centres de détention pour les demandeurs d’asile africains. Rencontre Entre les frontières.

Encore une fois, Avi Mograbi fait le pari fou de poser sa caméra là où les conventions l’auraient proscrit. Allergique à la facilité, le réalisateur fait appel au metteur en scène Chen Alon, avec qui il organise dans cette zone, en mai 2014, un atelier de théâtre. Un projet fantasque pour lequel les deux hommes sollicitent des détenus d’Holot et de Saharonim, privés de statut légal et dépourvus d’encadrement. Le geste est brusque, l’objectif furtif, la caméra en mouvement, le regard clair et brut. Le documentaire baigne dès le départ dans une liberté féconde privilégiée par l’approche méthodique et théâtrale d’Alon, celle de laisser l’expérience individuelle bercer le récit. Le théâtre, dont la composition repose sur l’abandon de soi, le jeu d’acteur et une certaine appropriation de l’espace, propulse alors ces hommes au rang d’acteurs de leurs vies, maîtres d’un espace qui de prime abord prenait la forme d’un carcan géographique, synonyme d’une perte d’identité. Cette identité, chacun la perd et la retrouve à travers des exercices ludiques au coeur desquels l’israélien traverse la délimitation et l’Erythréen prend la place du garde frontière. De par ses propriétés libératrices et créatrices, l’art prend le statut que certains n’ont pas pu obtenir après des années. Progressivement impliqué dans chaque scène aux apparences maladroites, Avi Mograbi aborde avec finesse l’impact de l’investissement artistique.

Starless dreams, de Mehrdad Ouskei

Starless-Dreams_10_300_Site.jpgStarless dreams, de Mehrdad Ouskei
  • “Est-ce que tu crois en Dieu?”
  • “Je ne lui parle pas en ce moment.”

Elles ont toutes à peine la majorité, et pourtant leurs regards expriment une maturité qu’elles ne peuvent dissimuler, une dureté vacillante qui prouve qu’elles ont déjà beaucoup trop vécu pour leur âge. Somayeh a tué son père un soir qu’elle et sa soeur n’arrivaient plus à supporter la vision d’une figure paternelle secouée par les coups qu’il donnait à leur mère. Véritable coup de cœur du festival des RIDM, Starless dreams s’impose comme une œuvre bouleversante sur le quotidien de jeunes détenues d’un centre de rééducation en Iran. Mehrdad Ouskei pose un regard sensible et rempli de candeur sur ces enfants femmes malgré elles, pour qui le mariage forcé, la violence domestique, la maternité précoce sont monnaie courante. Pas de commentaire off pour Ouskei, qui place sa propre voix comme outil d’information dans les scènes d’interviews avec les jeunes filles, élément également rassurant et symbole d’une confiance établie et construite au fil du temps. Des questions toujours pertinentes, qui sortent des sentiers battus du genre cinématographique pour apporter un point de vue unique, non seulement disposé à filmer au plus près de la réalité des protagonistes, mais aussi à s’établir à leur niveau, celui d’une enfance déchue. Documentaire humaniste, Starless dreams insiste sur les expériences de chacune et sur ce sentiment d’emprisonnement justifié par une famille souvent abusive, un besoin de reconstruction en dehors du centre et de tolérance au sein d’une société iranienne qui leur donne dès l’adolescence le statut de rejeton.

LE PALMARES DE LA 19e ÉDITION DES RIDM

  • GRAND PRIX DE LA COMPÉTITION INTERNATIONALE LONGS MÉTRAGES: Another Year de Shengze Zhu

    Mention Spéciale à Tempestad de Tatiana Huezo

  • PRIX IMAGE DE LA COMPÉTITION INTERNATIONALE LONGS MÉTRAGES: Brothers of the Night de Patric Chiha
  • PRIX MONTAGE DE LA COMPÉTITION INTERNATIONALE LONGS MÉTRAGES: Havarie de Philip Scheffner
  • GRAND PRIX DE LA COMPÉTITION NATIONALE LONGS MÉTRAGES: La résurrection d’Hassan de Carlo Guillermo Proto

Mention spéciale à Tales of Two Who Dreamt de Andrea Bussmann et Nicolás Pereda

  • MEILLEUR ESPOIR QUÉBEC/CANADA: Gulîstan, terre de roses de Zaynê Akyol
  • PRIX DU MEILLEUR COURT OU MOYEN MÉTRAGE INTERNATIONAL: Isabella Mora d’Isabel Pagliai

Mentions spéciales: Long Story Short de Natalie Bookchin et He Who Eats Children de Ben Russell

  • PRIX DU MEILLEUR COURT OU MOYEN MÉTRAGE NATIONAL: The Botanist de Maude Plante-Husaruk et Maxime Lacoste-Lebuis

  • PRIX DU PUBLIC: Le goût d’un pays de Francis Legault
  • PRIX MAGNUS-ISACSSON: Angry Inuk d’Alethea Arnaquq-Baril

Mention spéciale: The Stairs de Hugh Gibson

  • PRIX DES ÉTUDIANTS: La résurrection d’Hassan de Carlo Guillermo Proto

Mention spéciale : The Stairs de Hugh Gibson

  • PRIX DES DÉTENUES: Angry Inuk d’Alethea Arnaquq-Baril

Mention spéciale à Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin de Tomer Heymann

 


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s