Victoria, femme actuelle

Brillante, bordélique et barrée, professionnelle et désaxée, elle incarne la femme contemporaine et paradoxale que la comédie romantique traditionnelle se plaît à dissimuler.

Lundi femme forte, mardi mère déboussolée, mercredi avocate respectée et jeudi working-girl privée de sa robe pour six mois, Victoria (Virginie Efira) est bourrée de contradictions et ça fait du bien. La réputation de Victoria (2016), qui l’aura devancée par la présentation du long-métrage en ouverture de la Semaine de la critique cette année à Cannes et film de clôture du festival Cinéma, est désormais confirmée. Après La bataille de Solférino (2013), Justine Triet revient avec le même décor – une mère de deux enfants, un appartement bruyant et une famille recomposée – mais un parti pris rafraîchissant sur la complexité de la définition féminine.

Virginie Efira (20 ans d’écart, Le goût des merveilles) prend ici sa revanche sur l’étiquette que lui imposait jusqu’à présent la flopée de comédies légères dans lesquelles elle a joué. Melvil Poupaud (Laurence Anyways) y est exquis en meilleur ami naïf et psychopathe affectif, Vincent Lacoste (Les beaux gosses) surprenant en jeunot et homme limitrophes et rassurants.

Victoria Spick, la quarantaine, se voit confier une affaire pénale imposée par son ami Vincent (Melvil Poupaud), accusé d’avoir planté un couteau dans le ventre de son ex-femme. Une décision qui entraînera une série de problèmes et un scénario construit selon le principe des poupées russes. Chaque situation mène à la prochaine difficulté et au dévoilement d’une nouvelle facette de la personnalité de Victoria. Après l’avoir croisé au mariage qui a provoqué l’accusation de son ami, la jeune femme engage un ancien client – Samuel (Vincent Lacoste) – et optionnellement ancien dealer, comme baby-sitter. Instable, Victoria, désorganisée au possible, mais figure de réussite professionnelle indiscutable.

S’ensuit une illustration cynique des complexités de la figure féminine du 21e siècle. Mère célibataire ex-accro au sexe, Victoria se noie dans l’exercice de ses fonctions et les plans cul foireux en essayant de garder la tête hors de l’eau face à un ex-mari blogueur satisfait de salir sa réputation. Une fonction en implique une autre, la mère est aussi femme, le modèle de réussite rongé par le doute et la sensation de ne jamais être à la hauteur, le tout accentué par un “sens du drame anormalement développé”.

Au bout du rouleau face à une cliente, elle allume sa cigarette et demande conseil. Les dialogues incisifs et la construction des rapports de force au sein des relations professionnelles éclaircissent cette approche peu manichéenne d’un modèle social. Que ce soit chez le psy, la voyante, l’acupuncteur ou dans son propre cabinet d’avocate, chaque profession est traînée vers l’absurde par le biais de situations vaudevillesques qui en extraient un réalisme criant. De même pour Victoria, qui se retrouve coincée dans des situations burlesques dont la dynamique repose sur la révélation d’une personnalité sans concession. Le doute n’est plus symbole de faiblesse mais d’accomplissement de soi.

Une décadence jubilatoire.

En salle au Québec le 25 novembre.

Crédit photo: En.unifrance.org

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s