Solangeteparle : la genèse

“Les humains ont cette fâcheuse tendance à vouloir que vous les soulagiez de leurs peines”.

Ce fardeau arraché aux introvertis de ce monde, c’est pourtant la marque de fabrique de son Web succès, sans en être son objectif. Un dommage collatéral, au mieux.

Un appartement au cœur de Paris. Un électron libre. Celui-là se complait dans sa solitude tant que le corps ou autre forme extérieure ne s’y opposent. Le libre-arbitre est roi tant qu’aucun individu autre ne se manifeste dans ce pseudo-microcosme. La seule présence est auditive, celle de sa voix off comblant l’espace comme elle s’approprie celui d’une capsule sur Youtube.

On l’aura compris, ce n’est plus Solange te parle qui pénètre ta vie intime, mais toi l’inconnu de qui elle se détache qui vient s’immiscer dans son univers où l’isolement règne. L’épanouissement par la solitude, voilà comment, d’entrée de jeu, l’électron libre semble se positionner par rapport au reste du monde.

Celle qui ne vivait qu’à travers l’écran de sa fanbase à travers des “Bilans CUL”, “Meilleurs coups” et autres vidéos-surprises brillantes et décalées s’expose au dévoilement de l’envers des décors: Solange et les vivants ou comment Solange aurait pu survivre à l’interaction humaine.

Ina Mihalache présente son premier long métrage avec la douceur et la vulgarisation cérébrale qu’on lui connaît. Un scénario simple qui flatte le docu-fiction: solitaire invétérée, Solange, un jour qu’elle répond à un livreur venu déposer un colis encombrant, découvre qu’elle est désormais dans l’incapacité de vivre seule. La jeune femme s’évanouit dès qu’elle se retrouve face à elle-même.

Le schéma narratif suit la structure filmique traditionnelle décomposée en actes, associés à l’introduction des différents personnages: le livreur, le propriétaire, l’ex petit-ami, Charline, le bébé de la voisine, le clubbeur, le pompier, Françoise, l’admirateur, et pour finir, le félin Jambon-beurre.

Une rencontre, un titre, un chapitre, un accessoire du domaine de l’absurde comme une framboise sur un micro, et un rythme décousu donné au récit.

Puis la naissance de Solangeteparle, qui éclot de ce paradoxe social dans lequel l’évolution personnelle n’est indissociable ni de la retraite individuelle ni du partage. La fiction flirte alors avec le saugrenu, l’accouchement d’une Youtubeuse posée et excentrique se mêlant à une maladie fictive basée sur la phobie de la solitude. Ironie pour une artiste qui s’est vu gagner en reconnaissance après avoir cultivé les notions d’isolement et de marginalité créatrice.

Et s’il s’avérait brillant de nier la fonction initiale donnée à un objet ou autre concept pour réinventer l’une de ses finalités? Perle rare du web, Solange efface ses caractéristiques premiers destinés à l’abolition des rapports sociaux, pour en faire une véritable fenêtre sur le monde. Tirer profit de cet état d’autarcie tout en y trouvant le remède.

On préférera pourtant Solange dans un format plus court et incisif que celui du long métrage, qui exige une construction scénaristique distincte et forte que l’on peine à retrouver dans cette succession de saynètes burlesques.

Solange et les vivants, en salle depuis le 4 novembre.


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