Le Pacte des anges, fable picturale passive

Plan général de l’Est du Québec. Une scène de duel typique, qui oppose ici un homme à un orignal. Tout est calme, clair, et soudain il s’éveille.

La vie d’Adrien était un long fleuve soporifique, jusqu’à ce qu’il se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment. Son temps libre a longtemps été scindé en deux temps: rabibocher sa voiture de collection et attendre cette saison propice à la chasse. Un soir, à demi ivre, Adrien échoue près d’une station service, où il se retrouve nez à nez avec deux frères et un adolescent à l’agonie. Enlevé par les deux jeunes de 14 et 18 ans, Adrien se retrouve pris au piège d’un règlement de comptes.

Desperado, c’est le titre initial de ce projet de Richard Angers (La Chambre no 13, Les accros de l’anachronisme). L’histoire est en effet celle d’un homme désespéré, qui n’a plus rien à perdre et tout à gagner de ce périple, qui se révèlera être l’objet de délivrance et de lâcher-prise tant attendu. Adrien fait abstraction d’un passé qui le hante à travers une scène illustrant cette scission: forcé d’abandonner sa voiture au milieu de nulle part, il observe son coffre s’ouvrir enfin sur un tas de souvenirs enfouis.

Début de la fuite et d’un récit en constant mouvement. En courant à sa propre perte, Cédric (Emile Schneider), impénétrable, impulsif et immature, reste spectateur de l’avenir nébuleux qui se dessine pour son jeune frère. Sensible et vulnérable, William (Lenni-Kim Lalande) échappe quant à lui à sa jeunesse dérobée après la perte de leurs parents. Des liens se tissent naturellement avec William, autant pour Adrien que pour le public, au fur et à mesure que l’étau se resserre sur les personnages et leurs passés convergents.

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Une course-poursuite, une dizaine d’hôtels et une suite de plans inconsidérés plus tard, les trois générations font face à une alternance des rapports de force. Le trio se place alors là où se trouvait l’orignal dans chacun des rêves du sexagénaire, en position de faiblesse face à la police locale. “Des fois, le gibier il bouge plus, il attend que le chasseur passe,” explique Adrien alors que les trois hommes trouvent refugent dans une maison à vendre.

La douceur enchanteresse des paysages de Gaspésie opère, et la Nature reprend ses droits en se positionnant en quatrième personnage principal. Celle-ci donne un souffle nouveau à l’épopée moderne de ce trio, dans laquelle on retrouve une constante, celle de la quête de soi.

Mélange de voyage initiatique et de road-movie, le film d’Angers transporte au coeur d’une beauté innommable, associée au Nord de la Gaspésie, région encore trop sous-estimée selon le réalisateur. Le Pacte des anges est un conte agréable et lunaire parsemé de plans fixes et de plans cartes postales, mais il est décevant de constater que le point de vue du cinéaste reste lui aussi trop en surface et peu affirmé, à la manière d’un simple constat de paysage. Le rythme du récit peine à trouver sa place dès lors que sa finalité et son rapport de cause à effet restent abstraits.

Qui dit réalisateur au passé de concepteur et monteur sonore dit choix impeccable de la bande originale, presque entièrement instrumentale et mélancolique, juxtaposée à une esthétique irréprochable. Une construction des protagonistes encore légère se retrouve alors victime de cette inclinaison plastique qui, faute de se reposer sur une véritable évolution des relations, manque cruellement de caractère.

Le Pacte des Anges, de Richard Angers, présentement dans les salles.


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