Maudite Poutine, de Karl Lemieux

#FNC #minicritique

Maudite Poutine, c’est un ovni en noir et blanc, une succession de plans-séquence dans un format 16 mm. Inspiré de ses années jeunesse dans son village natal, Karl Lemieux dresse avec son premier long-métrage le portrait d’un Québec rural dans lequel filiation et traquenards se côtoient.

Présent vendredi dernier au Cinéma du Parc pour parler de son film dans le cadre du Festival du Nouveau cinéma, Karl Lemieux a évoqué son désir de choisir un titre contrasté et profondément québécois pour Maudite Poutine, qui se positionne comme référence au film de Denys Arcand, La Maudite galette (Dirty Money, 1972).

Vincent (Jean-Simon Leduc) et son groupe de chums s’approprient une quantité astronomique de marijuana avant de réaliser que la drogue appartient au groupe des Bikers, membres du crime organisé calfeutrés dans leur garage et devancés par leur terrible réputation. Le jeune musicien de 27 ans va devoir renouer avec son frère Michel (Martin Dubreuil) – proche de ce groupuscule menaçant – pour obtenir l’immunité, jusqu’à ce que les deux frères demeurent impuissants face à la tournure que prennent les événements.

Après plusieurs courts-métrages dont Passage (2007), 7 ans de travail et une présence remarquée à la Mostra de Venise, le cinéaste et ancien étudiant à Concordia accouche d’un premier long dans lequel le langage est happé par l’oisiveté et la nature contemplatrice du protagoniste, dont l’outil de communication reste la musique. Une trame sonore stridente rythme pourtant la monotonie d’un quotidien précaire, la vie d’usine et la souffrance subreptice dans lesquels chacun se complait: approche documentaire assurée. Quand ce n’est pas le slang québécois, ce sont les longs silences qui occupent l’espace entre les personnages et prennent le pas sur les dialogues, déversés pour le strict minimum.

Un scénario bancal laisse place à une tension palpable intronisée par des plans saccadés et une caméra qui suit les traces de Vincent, terrorisé par l’impossibilité de rembourser ses dettes. L’aspect sombre et expérimental du récit, introduit par le choix du noir et blanc, est confirmé par la multitude de plans-séquences à laquelle viennent se greffer l’utilisation et la qualité du 16 mm.

Plusieurs plans conservent cette dimension expérimentale en ce sens qu’il est souvent possible de vouloir mettre une scène sur pause, toujours à la limite de la photographie et ancrée dans un film qui prend son temps. Un aspect neutre qui déteint sur Vincent, sensible mais à la merci du moindre élément perturbateur qui pourrait l’écarter de la mission salvatrice de la musique. Dommage que l’expérience cinématographique ne repose que sur des nuances de gris où l’émotion pure et dure n’a pas sa place.


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