Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau, de Mathieu Denis et Simon Lavoie

#FNC #mini-critiques

Montréal: un groupe de quatre jeunes encapuchés grimpe sur le toit d’un immeuble annexe au pont Jacques-Cartier. À l’aube, les automobilistes aperçoivent de nouvelles affiches sur lesquelles on peut lire “Le peuple ne sait pas encore qu’il est malheureux. Nous allons le lui apprendre”.

Que sont devenus les étudiants qui se sont levés contre la hausse des frais de scolarité en 2012 ? Mathieu Denis et Simon Lavoie imaginent le quotidien de quatre carrés rouges cinq ans après la vague de manifestations qui a secoué le Québec.

L’équipe de Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau était présente ce samedi 8 octobre au Cinéma Impérial pour présenter – dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma – la première québécoise de son film dont l’impact sur le public de première ligne n’allait pas être anodin.

“J’avais cherché une raison de vivre dans l’abstrait, alors qu’il fallait vivre dans l’action”.

Régulièrement entrecoupé de citations reflétant les réflexions post-printemps érable des personnages, le film suit cette bande de jeunes radicaux dont l’appartement aux fenêtres recouvertes de cartons devient le microcosme politique d’une organisation dénonciatrice: les Forces armées révolutionnaires. Chaque pièce accueille une mise en scène théâtrale rythmée par un enchaînement de monologues face caméra, l’un figé et l’autre s’articulant autour de l’espace. Les récitations lyriques prennent rapidement le pas sur la narration et insufflent au récit un ton indiscutablement dramatique.

L’une des premières images sur le monde extérieur projette le spectateur au cœur d’un débat opposant plusieurs étudiants. Les flash-forwards et les vidéos mal pixélisées des émeutes se multiplient. Le contexte est donné mais ce à travers un besoin superflu de rappeler la motivation de l’acte cinématographique.

160811_o99kt_aetd-film_sn635   Photo : Art & Essai

Plusieurs années après, l’hommage au printemps érable se devait d’être fait, pourtant les réalisateurs semblent se perdre dans leur vision fantasmée des événements, combinant les thèmes d’origine sexuelle et politique sans y donner de véritable justification. La cause politique – celle d’une revendication visant l’accessibilité de l’éducation – est quasiment éclipsée par la fiction et sa flopée d’épanchements lyriques. Gros plans, lumière naturelle et scènes de nus s’enchaînent et prennent le pas sur l’action politique tant attendue. L’omniprésence infondée de la sexualité associée à une quête de sens n’est pas sans rappeler le rapport au sexe de Louis Després dans la précédente collaboration des deux cinéastes, Laurentie (2011). Le malaise dépasse ici rapidement le fantasme pour donner naissance à une vision avortée de la remise en cause personnelle et sociale.

Karine (Emmanuelle Lussier-Martinez) et ses trois acolytes décrient la nonchalance sociale et l’abrutissement du peuple face aux décisionnaires – certes – mais pour ironiquement finir ankylosés sur un canapé. A part envoyer des lettres de menace remplies de farine au gouvernement et uriner sur l’édifice d’un restaurant chic, le quatuor est davantage à la dérive qu’acteur d’un mouvement synonyme de changement.

“L’avenir est la seule transcendance des hommes sans dieu.

Ne riez pas de la jeune génération”

Il est vrai que ne pas prendre la nouvelle génération au sérieux peut être l’une des plus grandes tares d’une société, comme le prouvent de nombreux passages dans lesquels on assiste à l’exposition d’une contre-argumentation. La scène du dîner se veut représentative d’un parti longtemps sous-estimé: avant d’intégrer les Forces armées révolutionnaires, cette jeune étudiante assiste à l’incompréhension générale et aux vociférations de son père qui lui parle d’argent puis confond indépendance et liberté.

Hormis cet enjeu et ces puissantes citations sur lesquelles personne ne rebondit – pourtant matière à méditer – et même si Mathieu Denis n’a jamais caché son pessimisme face au retour d’un gouvernement déjà prédominant en 2012, le film ne rend pas justice à la vague d’idéaux qui fracassa le pouvoir au nom de la culture et du bien collectif.

Il est regrettable de se rendre compte qu’aucune interview n’a été réalisé par le duo de cinéastes pour ce film, élément déclencheur d’un manque de perspective criant propre au choix narratif. Puisant l’inspiration dans La Chinoise de Jean-Luc Godard, ce film élu meilleur film canadien a été construit, comme l’expliquent les réalisateurs, comme un essai. La réflexion semble pourtant épuisée et le débat clos lorsque Karine – membre de l’organisation – succombe face au doute et réduit à néant toute lueur d’espoir initiée par un tel combat.


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