Polisse de Maïwenn: Du Bac à Sable à l’Héroïsme

1581862_3_8d57_une-scene-du-film-francais-de-maiwennScène_Film_Polisse_Maïwenn

Avec la récente sortie du frissonnant et quatrième long-métrage de Maïwenn, Mon Roi, il était venu le temps de voir enfin Polisse, non par car monsieur tout-le-monde rappelait à qui voulait bien l’entendre à quel point il fallait le voir, mais surtout et avant tout pour cerner le style d’une réalisatrice française dont l’ascension et le regard brutal fascinent, certainement aussi par souci de curiosité culinaire cinéphile.

Reflet de l’évolution de sa carrière, le genre de la scénariste qui a fait ses débuts en tant qu’actrice (L’été meurtrier, Lacenaire, Le Cinquième Elément) refuse l’isolation ou une appartenance quelconque à une seule famille de registre cinématographique. Unique, violent et sincère, Polisse, qui a reçu le prix du Jury au Festival de Cannes 2011, réuni tout en un comédie, drame et documentaire. La pâte crue et réaliste de Maïwenn prend très rapidement d’assaut l’histoire centrée autour d’un groupe de policiers de la brigade de protection des mineurs de Paris (BPM).

C’est non sans raison que la jeune photographe Mélissa, qui doit réaliser un projet photo sur la brigade, est interprétée par la réalisatrice elle-même. Photojournaliste gourde et effacée, le personnage de Mélissa est perçu comme une pièce rapportée incapable de comprendre la pression subie par le groupe au quotidien. Bien plus discrète à l’écran qu’elle ne l’est derrière la caméra, Maïwenn instaure par ce scénario une mise en abyme visuelle où le film se retrouve confiné à sa propre représentation artistique sur le thème de la protection des mineurs. Reprenant l’aspect voyeuriste que l’on retrouve dans le dérangeant (auto)portrait familial dépeint dans Pardonnez-moi en 2006, Polisse expose les dessous d’un thème dont l’intérêt penche cette fois davantage vers l’universel.

Vacillant entre digressions et bribes d’interrogatoires où chaque membre craque ou refoule tant bien que mal la présence d’une conscience éthique face à celle, professionnelle, qui ne cesse d’être titillée par l’adulte violeur, pédophile, profiteur et incestueux, le scénario de Polisse traite avec légèreté d’un thème qui ne l’est pas. Loin d’être détachée des abominations entendues au quotidien, la petite bande se forge un bouclier nommé humour qui parsème chaque pause déjeuner. Tous retournent à la maternelle quand la seule réponse à une jeune fille qui justifie une fellation par la valeur de son portable se doit d’être le fou rire collectif, nerveux et indécent.

Impressionnant Joey Starr dans un rôle rafraîchissant pour changer des personnages de brutes bébêtes qu’il a l’habitude de camper, on pense notamment à Les Seigneurs (2012) et Les Gorilles (2015). Poignante dans la peau d’une brigadière à bout de souffle et révoltée devant un père qui décide d’arranger un mariage forcé pour sa fille, Naidra Ayadi mérite grandement son césar du meilleur espoir féminin 2012. Sa prestation aussi drôle que bluffante en profite pour mettre à bas l’amalgame entre l’incitation aux mariages de mineurs et ce qu’il en est réellement dit dans le Coran. On retrouve aussi d’autres fortes figures féminines interprétées par Emmanuelle Bercot, Karine Viard, Marina Foïs, Karole Rocher et Sandrine et Sandrine Kiberlain.

Une fin brutale et violemment tragique vient briser le tabou psychologique présent dans nombreux métiers des forces de l’ordre, refermant le chapitre sur ces héros des temps modernes dont l’implication et l’impuissance face à la lâcheté humaine atteignent finalement l’insoutenable.

 

 


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s