MON ROI: L’Excellence de l’Interprétation d’un Duo Malsain

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© Marcel Hartmann & Shanna Besson Elle.fr_Louis_Garrel_Mon_Roi_Maiwenn_Vincent_Cassel

 

“Easy, easy

Pull out your heart

To make the being alone

Easy.”

C’est sur ce morceau psychédélique, mélancolique et transcendant que s’ouvre la bande originale d’une idylle passionnelle et progressivement destructrice de deux écorchés vifs. Tout réside dans cette facilité ironique à survivre à la perte de l’être aimé livrée par Son Lux dans Easy (Lanterns, 2013).

C’est en collaboration avec le producteur et scénariste du film Des hommes et des dieux Etienne Comar que Maïwenn nous prend aux tripes avec son dernier opus Mon Roi, sorti en France en octobre dernier. Tony se retrouve en centre de rééducation après une chute en ski et une fracture des ligaments au genou: retours en arrières, ellipses et compte-rendu d’une histoire qui l’ont arraché à sa présence d’esprit.

Epoustouflante Emannuelle Bercot – prix d’interprétation féminine au festival de Cannes 2015 – qui interprète à merveille Tony, une avocate d’abord éprise puis soudain sous l’emprise du sulfureux et narcissique Georgio, restaurateur réputé, homme d’affaires douteux et manipulateur à souhait. Les jeux ne manquent justement pas dans l’incarnation magistrale de ce duo qui s’aime et se torture inlassablement.

Ce « choix dramaturgique », comme le décrit Etienne Comar à Cannes, de sans cesse recentrer le scénario sur les deux protagonistes, leur relation, leurs déchirures, plutôt que d’encenser une vie sociale sans rapport direct avec la passion féconde puis dévastatrice, est une décision récompensée pour les deux coréalisateurs. L’étau se referme progressivement autour de Tony et Georgio, laissant place à un gouffre qui non seulement emporte le spectateur, mais le dissuade aussi d’haïr cette figure masculine qui n’est qu’à moitié monstre.

L’utilisation de plans serrés participe à cette dissection du couple dont les deux bourreaux symbolisent un huis-clos cinématographique. Nombreuses sont les scènes tournées à deux caméras, synonyme de proximité avec le jeu d’acteurs et de liberté pour ces derniers qui, comme l’affirme Vincent Cassel à Cannes, privilégient l’improvisation. On retrouve Cassel dans le personnage du tyran psychopathe dont on n’arrive pourtant pas à se lasser, ce dernier jouant avec une palette d’émotions imbibée de sincérité. Dénuée de fioritures esthétiques et faite de peu de coupures entre les scènes, la signature Maïwenn véhicule une sensibilité qui permet à ses acteurs de poser à leur jeu la marque de leurs expériences personnelles, gage d’un cinéma qui sonne juste et qui bouleverse. A voir sur grand écran.

 

Mon-Roi-600x451Mon Roi, Maïwenn, affiche du film

« On se quitte pour les mêmes raisons qui nous ont attirés l’un vers l’autre. »  

Impossible de ne pas se laisser convaincre par cette phrase si légitime lancée par Georgio lors d’une énième rencontre dans un café pour tenter de recoller les morceaux. Plus attachée à l’idée qu’elle se fait du couple et de la cellule familiale, Tony préfère souffrir plutôt que de lâcher prise. Son personnage est la version sombre et névrosée des amoureux de l’amour à la Lelouch, ou des Lovers of Love de Paris Je t’aime.

Lors d’une interview télévisée organisé par Europe 1, Maïwenn exprime sa peur d’écrire à propos d’un sentiment aussi désué que celui de l’amour. « Quand j’ai écrit le scénario je trouvais que ce qu’il y avait de plus difficile à écrire c’est quand les gens s’aiment. C’est beaucoup plus drôle de voir des gens qui s’aiment à travers des jeux. »

Même si la réalisatrice évoque cette crainte dans le contexte d’une scène coupée de son troisième film, le récit cinématographique de l’image du couple contemporain a bien évolué depuis sa timide représentation dans Polisse, ici poignant et brutal avec Mon Roi. Une réussite que la décennie prise pour achever le film illustre par une évolution exponentielle d’un cinéma brut mais authentique.

Là où Maïwenn manque de nuance, c’est lorsqu’elle retrace une vision du rapport amoureux comme un échec perpétuel. Que ce soit les liens du sang dans Pardonnez-moi, les liens professionnels avec Polisse ou encore ceux que l’on choisit avec Mon Roi, il s’en dégage un regard profondément fataliste sur la quête du bonheur. Aucun jugement ne peut être émis sur les raisons qui poussent quelqu’un à continuer par amour, si ce n’est l’interdépendance perverse, pourtant Tony refuse d’agir malgré quelques moments de lucidité qui lui font réaliser que Georgio aura détruit tous ces éléments qui font d’elle une femme libre…

Mon Roi, de Maïwenn – 15 Avril 2016

 


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