WHIPLASH : LE TRAUMATISME DE L’EXCELLENCE


© gowith-theblog.com
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Whiplash. Mot pour mot traumatisme cervical. Hank Levy l’érige en incontournable partition de Jazz avant que Damien Chazelle n’en fasse la réécriture dans une dissection de l’exigence musicale. Un coup de lapin travaillé à travers une rivalité des plus destructrices entre un jeune batteur et son professeur. Un jet cinématographique intense et électrique.

Légende dans le domaine du jazz, Terence Fletcher repère Andrew Neimann un soir de répétition. Commence alors la concrétisation d’une ambition qui pourrait s’apparenter à une descente aux enfers psychologique pour le jeune étudiant de 19 ans. Magistral Milles Teller dans le rôle du benêt que l’acharnement tourne en virtuose. C’est pourtant à J.K. Simmons que l’oscar du meilleur acteur dans un second rôle est attribué pour ce film. Incisif et vulgaire à souhait, le rôle du professeur sadomasochiste est rempli par l’acteur, qui donne pourtant une prestation moins approfondie que Teller. Dans un contexte de duel mêlant amour-propre et autodestruction, la dynamique refoule Melissa Benoist, Austin Stowell et Paul Reiser au simple rang de décor.

La construction d’une relation qui oublie la perspective positive et grandissante de l’univers musical est décevante de la part du réalisateur et scénariste américain. Trop d’attentes sans doute après autant de bonnes critiques de la part de la presse culturelle française et internationale. Grand prix du festival de Sundance, le coup de fouet de Chazelle est sombre, pesant, mais n’en est pas moins un coup de cœur pour ceux qui se défoncent quotidiennement à coup d’ambition.

Fletcher appuie là où ça fait mal. Pousser l’autre à bout afin d’atteindre l’excellence, un questionnement sur les limites physiques et morales de l’homme face à sa passion. Une thématique de la folie artistique merveilleusement représentée dans l’harmonie violente du Besieged de Bertolucci. Le rapport du mental à la chair est survolé dans ces scènes de mains et de baguettes ensanglantées par la folie des grandeurs. Gros plans sur l’instrument de torture carmin. Mais si définition de la passion il y a, l’artiste ne se définit-il pas hors de la médiocrité ?

Un batteur de jazz qui est allé voir Whiplash lui reproche ce manque de véracité quant à la présentation technique du milieu. Le cinéma reste un art intrinsèque de REprésentation. L’émotion provoquée par le jeu du comédien est intacte, peu importe si les détails tirés d’une quelconque réalité ne le sont pas. L’imaginaire artistique va bien au-delà de la vraisemblance.

Scène finale. Ejaculation artistique justifiant l’intégralité du film. L’orgasme musical est atteint par la symbiose entre le maître et son élève. Ce dernier demande au chef d’orchestre de le suivre lors d’un spectacle où la réputation de chacun est en jeu. Ovations pour un solo au tempo jouissif, à la limite de l’euphorie.


Whiplash. Head trauma. Quite a scientific expression used for a movie about jazz music. With Whiplash Damien Chazelle is dissecting the inner challenge and ambition of high-level musicians. An intense and electrifying cinematographic search for greatness.

Building a relationship based on the negative aspect of musicality can be deceiving in Chazelle’s movie. Too many expectations to be fully pleased with this modern version of a western duel. Despite Whiplash’s dark and heavy style, the movie has received an award from the Sundance festival. For those who consider craving for excellence as a daily aspiration, Whiplash is a firm favorite.

As Neimann’s character gives us to understand in scenes such as the break-up or the family diner, foolhardiness comes with a little bit of contempt, some would say self-confidence.

Fletcher presses right where it hurts. What is the limit to sharpening someone’s genius? There is no doubt that pushing Andrew over the edge is definitely helping shape the young man’s talent. Questioning a man’s morals towards his consuming passion is one of the issues raised in Chazelle’s film.

An inevitable standing-ovation is required to welcome the exhilarating and final solo. I can’t help but think that the last scene justifies the whole movie by itself. Every step of the personal evolution has come to this moment, which is the symbiosis between the student and his teacher. Drum roll please! There are no two words more harmful than “good job”.

                                   Whiplash, Damien Chazelle, octobre 2014.


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