UN HOMME IDEAL: LE GENIE DE L’IMPOSTURE

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Matthieu Vasseur. Un nom anonyme parmi les centaines de milliers de refus accordés chaque jour en France par les maisons d’éditions. Allégorie des déboires d’une existence sans conséquence.

Cher Mr Vasseur, nous sommes dans le regret de vous dire que votre écriture manque d’expérience et de profondeur dû à une vie cruellement morne passée à vider des maisons.

Par amour et par ambition Matthieu laissera son désir de reconnaissance surplomber jusqu’à sa véritable identité. L’art de la fraude s’offre à lui lorsqu’est découvert le journal de guerre d’un soldat ayant combattu en Algérie. « Sable noir » est un succès. Et puis il y a Camille, belle et brillante, qui pose son regard sur lui à travers ce flot de réussite sociale. La rencontre amoureuse est précédée par le triomphe littéraire. Splendide via cette reconnaissance sociale et personnelle, Matthieu connaît la résurrection.

Matthieu Vasseur est un jeune homme comblé, amoureux, arriviste et apprenti bourgeois. Là à dorer au soleil chez ses beaux-parents, il travaille à son deuxième roman: un roman qui renferme ses peurs et qui n’arrivera pas. Féroce rongeur, la culpabilité reprend silencieusement le dessus pour retrouver le chemin sinueux d’un passé qui refait surface. Suivi, harcelé et soupçonné, Matthieu s’enferme dans un rôle qu’il n’aurait jamais cru pouvoir inventer: celui du méchant.

Et pourtant il est impossible de ne pas éprouver de compassion pour ce jeune pétri d’ambition pour qui l’amour reste l’unique moteur. Malgré toutes les abominations qu’il s’approprie, les sentiments de Matthieu pour Camille resteront intacts, synonyme d’une pureté utopique. Ana Girardot est Camille, intellectuelle simple mais raffinée éprise de Matthieu dès leur rencontre lors de la promotion du premier roman signé Vasseur. Mais y-at ’il Amour si celui-ci n’est enrobé que de prospérité mondaine ?

Plans américains, puis gros plan sur les traits d’un visage torturé. Les angles plats traditionnels sont de rigueur, pour une suite de travellings et de musiques à tendance mélodramatique. Le dessein du réalisateur ne se place pas dans l’esthétique cinématographique, mais plutôt dans le récit même de l’épopée. Manquant quelque peu de perspective artistique sur le thème du déchirement humain, le cinéma de Yann Gozlan reste bon sans être révolutionnaire.

La dimension théâtrale du jeu d’acteur de Pierre Niney vient garnir un scénario prudent jonglant entre réalisme et fiction. A croire que le jeune Niney n’en est pas à sa première critique élogieuse. Désertée par l’ennui d’un jeu rébarbatif, son interprétation éblouit par une incarnation saisissante du funeste. Une palette multi-facettes troublante, mais qui laisse le spectateur sur sa faim. La roue tourne quand le succès de Matthieu Vasseur est amorti par le chantage d’un vieil ami de l’auteur de l’œuvre originelle.

Le point culminant de ce destin tragique reste la floraison d’une œuvre, cette fois réellement signée Vasseur, à travers la construction utopique d’un personnage idéal. La sortie de « Faux-semblants » restaure à l’écrivain martyr son intégrité d’artiste. Le talent s’estompe, mais le plagiat demeure.

La fin de cet homme idéal, bien qu’inévitable, laisse dubitatif. Exsangue, Matthieu redevient l’homme qu’il n’a jamais voulu être. A moins qu’il ne soit trop tard pour une quelconque rédemption, à l’homme idéal est supplanté l’homme ascendant intègre. Perversion d’une ambition à l’échelle d’une mise en scène romanesque dont Matthieu Vasseur aura été le dramaturge.

                              Un homme idéal, Yann Gozlan, 18 mars 2015


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