CLEMENTINE, LE TALENT BRUT AT LEAST FOR NOW

 © Thomas Laisné - Grazia
© Thomas Laisné – Grazia

Il est des périodes de la vie parmi lesquelles le stress demeure notre seul allié. Aujourd’hui est un de ces jours qui se place au cœur d’une telle période. Rongée par l’attente d’une réponse décisive à mes choix de carrière, je lâche prise à l’écoute de cette voix envoutante sortie des enceintes du salon.

Winston Churchill’s boy m’entraîne tout à coup dans cet état d’euphorie intemporelle et incontrôlée qu’impose le style brut de Benjamin Clementine. Cet ovni musical apaise par l’éclaboussure soul d’une rythmique intense, galvanisante. Ce charisme naissant, c’est avec Cornerstone que l’auteur-compositeur en fait une marque de fabrique en 2013. Vendredi dernier c’est à Paris que le blues de cet énergumène conquit la foule.

Sacré révélation scène aux victoires de la musique 2015 le mois dernier, Clementine figurait même parmi les rares artistes qui méritaient leurs places ce jour-là. Une maîtrise aigüe du piano permet à l’interprète d’occuper l’espace intégralement. La sophistication d’une mélodie travaillée se mêle à l’irrévérence d’un style indomptée par une cadence tribale, presque rustique. La rigueur est engloutie par un excédent d’émotions qui prend l’oreille aux tripes.

Humhumhum. Humhumhumhum. Sons? Voix? Violons? Piano? Confondre une voix humaine et un instrument de musique, Clementine l’a fait, notamment avec deux de ses titres, Nemesis et The people and I. A l’inverse de Sainte Colombe dans Tous les matins du monde, qui comme Pascal Quignard le dit, « arrivait à imiter toutes les inflexions de la voix humaine », Clementine fait de sa voix une pâte à modeler composant le quatuor d’un orchestre.

Des morceaux à première écoute personnels, mais qui dévoilent une mise en abyme artistique toute en finesse. Le sens et la portée de l’art face à l’obscurité d’un monde en perdition. Le personnage de Clementine « envoie ses condoléances à la peur, aux insécurités » dans Condolence, un texte dont la résonance sociale est grande aujourd’hui en France. Influencé par Nina Simone, Jacques Brel ou encore Erik Satie, le jeune londonien a bien eu raison de tenter sa chance entre les lignes du métro parisien. Une gravité et une profondeur qui transpercent, un art musical qui agit, un album saisissant: Clementine me déchire et, de retour dans mon salon, j’en redemande.

Benjamin Clementine, At least for now (janvier 2015)


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