BANDE DE FILLES : MISE EN LIBERTE SANS CONDITION

Bande de filles de Céline Sciamma (latrempe.com)
Bande de filles de Céline Sciamma (latrempe.com)

  De par son nom Bande de filles est un film en trompe-l’œil. Avec un tel titre l’auditoire s’attend à un film girly à souhait: en résulte l’amortissement d’une énorme claque en pleine figure. Loin de se restreindre à un public strictement féminin, le dernier film de Céline Sciamma frappe avant tout là où ça fait mal. La réalisatrice de Naissance des pieuvres (2007) et Tomboy (2011) signe avec ce troisième long-métrage une épopée féminine contemporaine.

Marième, 16 ans, vit en banlieue parisienne. Surtout bien baisser les yeux en passant tard devant les groupes de mecs de son quartier. Pareil à la maison avec son grand frère. Alors quand Marième rencontre Lady, Adiatou et Fily, la jeune fille se lie d’amitié et découvre une autre manière d’aborder sa jeunesse, celle de l’irrévérence.

Marième est à présent Vic, rebelle (presque) assumée et confortée par l’effet de groupe. Toujours sous l’emprise autoritaire de son grand frère, Vic est tour à tour victime et jeune femme forte, insoumise et à l’écoute de la tradition patriarcale. L’influence, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne, rejoint le thème phare de la cinéaste qui est celui de la recherche identitaire.

“Shine bright like a diamond”. Plans ralentis, ambiance karaoké, décor sombre d’une chambre d’hôtel dérobée pour quelques heures de légèreté. Cette scène sur fond de Rihanna justifie à elle seule l’intention de la réalisatrice et la nomination du film au festival de Cannes 2014. Un élan intime de fraîcheur et de liberté retraçant les aspirations de quatre jeunes filles en mal de reconnaissance. Un jeu touchant livré par les révélations Karidja Touré, Assa Sylla, Lindsay Karamoh et Mariétou Touré.

Brûlant de sincérité de par sa description du rejet de toute forme de culpabilité sociale, le récit controversé de Céline Sciamma ne reste pas sans quelques incohérences sur la revendication d’une justice pour toutes. Témoin de certaines altercations sexistes au cœur des banlieues, on regrette presque que Vic n’en fasse pas une affaire personnelle. Bien que le sujet du film soit en grande partie féminin, il n’est pas question ici de stigmatiser le personnage masculin pour autant. Ismaël, interprété par le jeune Idrissa Diabaté, n’est pas là pour incarner le cliché du méchant garçon en manque et irrespectueux envers le sexe opposé. Petit ami de Vic mais aussi ami de son frère, Ismaël va vivre avec la jeune fille une douce romance à laquelle elle ne croyait presque plus. Et nous non plus. « Si on se marie, tout s’arrangera. »: en mettant fin à sa relation Vic réalise que tout a un prix, même (et surtout) l’absolue liberté.

Bande de filles, de Céline Sciamma – Sortie le 22 octobre 2014


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