SPARTACUS & CASSANDRA : LE DOCUMENT’AIR COUP DE POING

Spartacus & Cassandra, Ioanis Nuguet
Spartacus & Cassandra, Ioanis Nuguet

  C’est avec émerveillement et force tranquille que le film d’Ioanis Nuguet Spartacus et Cassandra surfe entre fiction et documentaire. Loin d’être une représentation de la réalité, le long-métrage est avant tout une présentation de la vie de deux jeunes Roms accueillis dans un cirque afin d’échapper à la mendicité en 2010.

Partagés entre l’amour pour leurs parents et la rage de s’en sortir, Spartacus et Cassandra finiront par aller à l’école avec l’aide de Camille, une jeune trapéziste qui s’attache instantanément aux deux frères et sœurs. Quand leur cas est confié à un juge, les deux jeunes enfants perdent à jamais le goût de l’innocence lorsqu’il est question de choisir entre un destin maudit ou la promesse d’une vie meilleure.

Brutal et bouleversant, Spartacus et Cassandra éveille à la beauté esthétique d’un paradis amer. Dès qu’elle en a l’occasion Camille emmène les enfants dans sa maison de campagne, échappatoire social et véritable refuge émotionnel. L’approche visuelle et harmonieuse de mère Nature est une délivrance romanesque pour ces bambins dont le retour à l’innocence est presque charnel. Un renouveau qui adoucit l’aspect informatif du documentaire pour un film frôlant sans cesse le docufiction. Le champ lexical de la suffocation est récurrent, laissant place à une thématique sociale des espaces.

Omniprésente et crue, presque déstabilisante, la voix off des deux jeunes enfants fait vaciller le récit dans une mélancolie à fleur de peau, confrontée à un besoin viscéral de trouver un bonheur dénué de culpabilité.

Interrogé à l’occasion du festival Enfants des toiles présenté au centre culturel de Sablé-sur-Sarthe, Ioanis Nuguet évoque sa rencontre avec Spartacus et Cassandra, qu’il compare à un coup de foudre. Une évidence réciproque qui se révèle être un élément fondateur de la démarche filmique. Il n’est plus question ici d’une prise de distance entre l’artiste et son sujet. La présence du réalisateur ayant comme il l’admet affecté les réactions du duo, la caméra n’est pas ressentie comme synonyme d’intrusion dans l’intime. Et c’est cette sincérité esthétique atypique qui fait de Spartacus et Cassandra un bijou cinématographique.

Spartacus & Cassandra, Ioanis Nuguet (11 février 2015)


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