DROITS DES DAMES, MACADAM !

© AP Photo/Tsering Topgyal
India Gang rape anniversary © AP Photo/Tsering Topgyal

Et si pour cette journée des droits de la femme on célébrait la dénonciation des tabous?

2012, New Delhi. Jyoti Singh est victime d’un viol collectif: six hommes abusent d’elle et se relaient au volant du bus. Transpercée d’une barre de fer dans le ventre, elle succombe à ses blessures après avoir été jetée lamentablement sur le trottoir. Un simple déchet aurait connu meilleur sort. Le lendemain, des centaines d’étudiants se soulèvent et bousculent les rues de la capitale pour en appeler au respect de la femme. Deux ans plus tard, India’s daughter raconte l’histoire de cette jeune étudiante dont le seul tort a été de sortir en ville après 21h.

Le documentaire de Leslee Udwin vient tout juste d’être interdit de diffusion en Inde. Une décision improbable et pourtant prise par le gouvernement indien lui-même. Comment s’attendre à briser le silence d’un gouffre dont même les autorités internes feignent l’existence ?

Mukesk Singh est l’un des hommes condamnés à mort par pendaison en septembre 2013 pour avoir participé au viol. Interrogé par la cinéaste, le jeune homme poursuit son crime en refusant d’admettre ses actes: “ Elle aurait dû rester silencieuse et se laisser faire. (…) Une fille est davantage responsable d’un viol qu’un garçon.” En Inde comme dans de nombreux pays, le problème reste intimement lié à l’éducation. L’apprentissage qui devrait être fait sur le respect du corps féminin, sur la déconstruction des rôles sociaux genrés, se concentre en fin de compte sur l’incitation à la prudence face à un climat de peur dans lequel sont baignées bon nombre de femmes. « Une jeune fille décente n’est pas dehors à 21h », voilà ce à quoi nous confronte cet homme dont le visage est dénué de tout regret. Le plus dur à encaisser pour cette réalisatrice britannique aura probablement été de faire face, comme elle le dit, non à des monstres mais à des hommes.

A l’occasion de la journée mondiale de la femme le documentaire sera normalement diffusé au Canada, en Suisse, en Grande-Bretagne et en Norvège. Alors pourquoi pas dans le pays ici concerné, là où malgré les manifestations le malaise est avant tout social… et politique ?

Le ministre indien de l’intérieur tasse l’affaire par crainte de « troubles à l’ordre public ». Quel beau discours constructif sur la condamnation de l’innommable ! Une telle censure ne peut qu’être fatale aux droits de la femme. Une lutte interne et une mobilisation internationale s’imposent. La chaîne indienne NDTV exhibe une heure d’écran noir ce dimanche soir en soutien au documentaire proscrit. TROUBLONS! TROUBLONS, jusqu’à ne plus approuver ni normaliser de tels affronts à l’humanité.


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