The Belly of an Architect: une indigestion artistique.

Qu’est-ce que l’obsession artistique?

59092588© Le ventre de l’architecte, Peter Greenaway – shangols.canalblog.com

Peter Greenaway nous en donne un aperçu par le plongeon de son chef-d’œuvre dans la ville de Rome à travers Le Ventre de l’Architecte. Le réalisateur explore les relations entre cinéma et architecture, poésie, correspondances, et le statut intrinsèque de l’artiste. Une perception explosive et visuelle de l’architecture à travers l’anatomie humaine et ses dérivés. La recherche de l’idéal artistique mènera le protagoniste à sa perte. Le thème de l’enfantement – d’une œuvre, d’une structure, d’un être – est parcouru par Greenaway dans son adaptation somptueuse de l’interartialité.

Obsédé par son ventre et celui des statues grecques, l’architecte américain Stourley Kracklite arrive à Rome dans l’espoir d’y faire naître une exposition sur l’un de ses modèles français, Louis-Étienne Boullée, sans être conscient de l’ampleur de l’art sur l’individu.

« Tout est permis pour l’art. » Greenaway puise indéfiniment dans le rapport du sexe à l’art, en passant par les liens entre dissection et formes géométriques. Via une panoplie de figures qui convergent vers la ville de Rome et ses excès, l’estomac devient cette « nouvelle zone érogène. » Caspasian définit l’architecte à Rome en tant que connaisseur des « formes, des structures et du sexe. » La quasi-totalité des scènes du long-métrage est assiégée par l’un des fameux bâtiments architecturaux qui surplombent Rome et ses habitants. Belle ironie qu’est cette décadence artistique au cœur même de la ville des Arts. On assiste dans Le ventre de l’architecte à la transcendance du rapport entre les arts et de l’œuvre artistique elle-même. L’esthétique du film alterne constamment entre gros plans artistiques et humains.

ventre-de-l-architecte-1987-07-g.jpg© Le ventre de l’architecte, Greenaway – toutlecine.challenge.fr

Art-chitecture : une dissection de l’artiste par son œuvre

Qui de l’œuvre ou de l’artiste enfante l’autre le premier? Le thème de l’enfantement rejoint celui de la dissection de l’art : Rome et son architecture servent de socle à la création; elles sont les entrailles de la folie qui habite Kracklite. Le spectateur fait face à un art-chitecture oppressant à travers une omniprésence des monuments de Rome en arrière-plan, toujours surreprésentés par rapport aux personnages de l’histoire. Le corps humain est un élément essentiel dans le rapport entre les arts dans l’œuvre de Peter Greenaway. Un être possédé l’est avant tout physiquement. On retrouve cet état de corps en transe approprié à l’artiste en plein ouvrage.

La citation littéraire se manifeste dans Le ventre de l’architecte par les correspondances entre Kracklite et Boullée, qui se résument finalement à une série de lettres sans réponses. Pourtant l’architecte mélancolique survit en grande partie à travers cette voix off qui incarne l’ambiance de la relation des arts entre eux. Délaissé par sa femme et ses collègues, Kracklite se tourne vers son inspiration qui est aussi l’origine de son mal-être. Rome et son art sont cernés par Greenaway à la fois en tant que sources et solutions à sa folie meurtrière.

Il est certain que la résonance contemporaine d’un tel film pose les questions du rapport de l’homme au corps et aux standards qui évoluent avec son époque. Le spectateur ne peut qu’être subjugué par cette œuvre trop peu connue du répertoire de Greenaway.

The Belly of an Architect (1987)


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s